Coup de cœur

Livre : L'équitation de légèreté par l'éthologie par Stéphane Bigo

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Carnets de randonnée

Choisir un carnet de route

L’idée de partir à cheval m'est venue en lisant tous ces récits écrits par les voyageurs à cheval qui tous, reviennent avec une seule envie, celle de repartir.

Frédéric Iehlé

Frédéric et Loupp

Dans la forêt des Vosges

C’est Cheyenne l’Appallosa qui m’a appris à me tenir à cheval au fil des kilomètres des balades et des randonnées, à m’occuper de lui, à le soigner et finalement à en être responsable. Au printemps 1999, nous avons croisé le chemin d'un poulain et trois ans plus tard Loupp intégrait notre petite équipe, Loupp a aujourd’hui 7 ans, Cheyenne 20 et moi 53.

Nous sommes installés dans une ancienne petite ferme. Autodidacte équestre, je bénéficie des supports d’une vétérinaire, d’un maréchal ferrant et d’une monitrice attitrés. Un autre projet de randonnée équestre sur deux mois est en préparation pour 2007.

Arrêt ravitaillement

Les fleurs changent de l'herbe ordinaire.

Vient de paraître

Livre: Les boiteries par Prune Arnoul

Livre: Le pérégrin émerveillé : Paris-moscou et retour(s) par Jean-Louis Gouraud

Livre: Manuel d'équitation Camargue : une tradition d'avenir par Céline Legaz

Livre : Ecrivains voyageurs : Ces vagabonds qui disent le monde par Laurent Maréchaux

Livre : L'équitation naturelle, Pricipes et exercices pratiques par Olivier Rabouan

Livre : Les chevaux ne mentent jamais par Chris Irwin et Christophe Rosson (Traduction)

Livre : Hippomanie par Jean-Louis Gouraud

Livre : L'équitation western. Des bases aux premiers galops par Baptistin Rainero et Fabienne Duthoit

À cheval, de l'Eure jusqu'à la forêt des Vosges

Une randonnée équestre en solitaire

Au passage d'un collet dans les Vosges
Sommet d'un collet dans les Vosges
Juste après la photo, Loupp est reparti en sens inverse au galop et s'est planté devant une paire de comtois dans leur pature 3 km plus bas mais sans avoir rien perdu de son paquetage, la bride et les rênes toujours autour du cou. On aura donc fait deux fois la montée du Collet !

Presque deux années auront été nécessaires pour préparer ce voyage qui part de La Rouge Mare tout au nord du département de l’Eure pour rejoindre le cimetière du Commandant Duchesne dans les Vosges. Un des fils conducteurs de ce projet, à mon échelle du moins, était de partir de la maison. Le second concernait le choix de la destination : ce sera le cimetière militaire où est enterré depuis 1917 en pleine forêt des Vosges un capitaine de cavalerie, un de mes arrière-grands-pères.

L’idée m'est venue en lisant tous ces récits écrits par les voyageurs à cheval qui tous, reviennent avec une seule envie, celle de repartir. Mais bon sang, ça fait quoi de partir à cheval, tout seul, avec un ou plusieurs chevaux ou mules, avec ou sans même un chien ?

L’idée de partir en solitaire s’est très vite imposée comme pour mieux profiter de ce qui était avant tout mon projet. Celui de vivre pleinement avec un de mes chevaux à mon rythme, seulement pour le plaisir, pour voir ce que cela pouvait faire de mettre 23 jours pour parcourir un trajet de seulement 7 heures en voiture ! Pour vivre avec mon cheval du matin au soir (je vais découvrir que cela sera aussi du soir au matin), aussi pour vérifier que je suis capable de le faire.

Quant au choix du cheval il a été vite fait : Cheyenne atteignant ses 20 ans de labeur, il restait Loupp âgé d’à peine 7 ans. Cheval tranquille, il était encore un peu junior dans sa tête mais un tel travail devrait lui permettre de s’affirmer comme cheval de randonnée et me permettre de vérifier qu’il était bien celui pour qui je voudrais que ce soit un destin. Pas encore parti et déjà je repartais !

23 Mai 2005, catastrophe !

Loupp déferre d’un antérieur, la corne arrachée à l’intérieur du sabot provoque une légère boiterie. C’est arrivé neuf jours avant le départ, alors que rien n’aurait pu empêcher cette randonnée. Deux jours plus tard, le maréchal ferrant donne son avis « Impossible de partir, la probabilité de perdre le fer posé sur cet antérieur est trop grande ».  Il pose deux fers à doubles pinçons pour compenser la perte de corne et améliorer la bonne tenue des fers.

La préparation c’est déjà le départ

Au passage d'un collet dans les Vosges
Sur le parking d'un bar au bord de notre route en direction de la forêt des Vosges.

Un truc auquel on pense tout le temps, pour lequel on attend une réponse, on se pose une question ou alors, on butte sur un problème ou un choix, on cherche une solution. Quelque chose qui vous ronge un peu entre l’impatience du départ, les solutions qui ne viennent pas assez vite, le rêve que l’on a fait et que l’on espère vrai, le souci d’arriver sain et sauf  à l’arrivée.

En traçant à l’avance le trajet sur les cartes, j’imagine ce que sera ce village, cette étape, cette traversée de route, le contournement de cette ville, le passage d’un canal. Dans ces conditions, vous pourrez donc imaginer ma déception le jour ou Loupp a perdu son fer !

Le trajet tracé sur la carte et le cheval choisi, il restait à définir les conditions matérielles. Partir avec une selle anglaise est impossible, bien sûr un complément d’équitation et un entraînement physique seraient les bienvenus. Il faut aussi m’assurer du bon fonctionnement de tout l’équipage, ce sera en allant vers Caudebec en Caux, une randonnée de 5 jours.

Durant l’automne 2004, je teste les selles 3 points et j’en commande une au Salon du Cheval avec un pare sueur et un tapis de feutre. J’achète les sacoches, les fontes et le porte manteau en toile imperméable dans un magasin de sport. La briderie a été faite sur mesure il y a quelques années. Pour mieux me mettre en selle, mieux comprendre Loupp et mieux l’utiliser, je cherche aussi une monitrice particulière d’équitation, ce sera Sophie.

Au printemps 2005, Sophie me juge bon pour le départ. J’ai progressé et Loupp a améliorer son souffle et son endurance ainsi que sa concentration au travail. Il aura fallu deux à trois séances de travail par semaine pendant quatre mois ! Mes économies de RTT et mes congés ont sérieusement diminué, mais il en reste assez pour l’aller, le retour se faisant en camion, je l’avais décidé au tout début.

La pharmacie est composée par la vétérinaire attitrée avec en prime, une leçon propre à l’utilisation chaque bouteille et de médicament. Un relais de quatre vétérinaires est organisé au long du trajet. Pas question de prendre des risques pour Loupp, je sais déjà qu’il en court un majeur, celui de ne pas revenir. Je voyagerai en France au cours de l’année 2005, mais très conscient que j’engage sa vie à l’occasion d’une mauvaise rencontre avec une tonne de ferraille avinée ou encore d’une fuite incontrôlée, ou …

Pour les bagages, c’est la balance qui sera la seule juge. L’équipement, la selle, le bridon, le tapis et sangle pèsent 14 kilos, le cavalier équipé : 90 kilos, déjà 115 kilos ! Un seul rechange donc, le minimum pour la toilette tant pis pour la mine, les cartes seront renvoyées à la maison chaque semaine au fur et à mesure, seulement deux jours de nourriture sous la forme de salade en boîte, tenaille, marteau, ficelle, fil de fer, petites sangles de dépannage, appareil photo, jumelles, pharmacie, carottes, figues, abricots, sac de couchage,  STOP ! Une journée de nourriture seulement car j’ai oublié le réchaud et les pastilles d’alcool, le café et le sucre en sachets individuels, les papiers de Loupp, la ligne … et tant pis pour la maréchalerie car il y a aussi une ration d’avance pour Loupp. Il reste à équilibrer la charge qui change tous les jours, chaque matin, à chaque arrêt, et à chaque ravitaillement. Chaque fois est  l’occasion de savants déménagements visant à équilibrer les sacoches mais aussi à me déstabiliser lorsque je cherche quelque chose ! Le jour du départ, Loupp portera près de 130 kilos, 127 plus précisément, cavalier compris.

La conclusion de la randonnée d'essai

Canal du centre
Au petit matin, un canal du centre que j'observe entre les oreilles de Loupp.

Matériel OK, cheval OK, itinéraire et cartes OK, quelques chemins étaient impraticables ou barrés mais les feuilles de route journalières préparées cet hiver le dos au feu (distances, vitesse, approximation des hébergements et des arrêts repos) correspondent parfaitement à ce que l’on a réalisé. La justesse de mes estimations sur ces cinq jours me donne confiance pour la trentaine de cartes au 50 millième que j’emmène et les 23 jours de voyage en direction des Vosges.

Le 24 juin au soir, je confirme les trois jours complets de repos sur le trajet avec box et confort pour la lessive, le ravitaillement et lors du dernier un contrôle maréchalerie. La ferrure de départ est en place : quatre fers à double pinçons et douze cônes tungstène. Deux petites journées de paddock permettent d’assurer l’ancrage de la ferrure et ce sera une reprise d’une courte semaine pour peaufiner la  préparation physique du cheval et de son cavalier.

Dimanche matin 3 juillet, le départ

Quelques larmes pour la séparation, je fais face aux presque 750 kilomètres qui sont devant nous alors que je pourrais siroter un pastis sous les pommiers de la maison…

Les premiers kilomètres sont connus mais nous les parcourons comme si, en marchant l’un à côté de l’autre dans les descentes (pour soulager les articulations des antérieurs), en respectant un arrêt de 5 à 10 minutes tous les 60 à 90 minutes pour boire aux abreuvoirs – la gourde ne fait pas partie du voyage – se détendre, faire le point et aussi profiter de l’endroit.

La fin de première semaine et le début de la suivante furent difficiles. L’itinéraire qui contournait la région parisienne du Nord-ouest jusqu’au Sud-est présentait un grand nombre d’autoroutes, de bretelles, de lignes de chemin de fer, de ligne TGV, de départementales à quatre voies, à traverser, à enjamber, à contourner…

Puis il fallut traverser les plaines céréalières de l’Aube sous une chaleur lourde, sans arbre, sans bâtiment pour s’abriter ne serait-ce que 10 minutes du soleil, par des chemins herbeux et… tondus — véritables autoroutes pour moissonneuses batteuses. Lever aux aurores, pour parcourir le maximum du trajet avant le début de l’après midi.

Ensuite, ce seront les Vosges que je devinais au loin et que les passants me racontaient toutes proches depuis une semaine « Les Vosges ? Deux heures de voiture par la nationale ! ». Les descentes et les montées sont de plus en plus nombreuses et la chaleur toujours aussi forte.

Dans le moindre village, nous sommes toujours accueilli comme des rois – toujours un seau d’eau pour Loupp. En moins 5 minutes, le bar où je m’arrêtais faisait le plein de sa terrasse et le ravitaillement à la supérette se terminait toujours par un cadeau, une bière, un gâteau ou encore une part de pizza. Mes demandes pour l’hébergement journalier ont toujours été acceptées avec joie par les habitants qui venaient voir le cheval et le matériel, pour discuter aussi. Tous ces grands-pères qui se souvenaient et me questionnaient…

Et puis pour l’anecdote, dès la seconde nuit, Loupp qui était à l’attache se coucha sans rechigner. À mon réveil, quand nous couchions dans la même pâture, il était couché à trois mètres. J’ai pris cela pour de la reconnaissance – n’essayez pas de me convaincre qu’il s’agit d’un hasard après quatre nuits. Au retour, pour essayer, je me suis couché son box. Il a un peu tourné pour finalement se coucher même si je ne dormais que d’un œil.

Enfin nous sommes dans les Vosges, mais sous une pluie torrentielle ! Deux nuits et une journée en refuge passées à attendre et là, j’ai bien failli rentrer sans atteindre le but final. Le vent, la pluie et Loupp est dans une pâture sans abri à flanc de montagne. L’attente m’a offert un repos nécessaire. Nous repartons en plein brouillard mais sans pluie ni vent. Et dans ce pays où l’on monte plus que l’on ne descend, le soleil brille au travers des nuages au bout d’une heure.

Des erreurs d’itinéraire rallongent l’étape avant d’arriver en milieu d’après midi à destination chez Christine et Mario au Pré du Bois au-dessus de la vallée d’Orbey. Décharger, panser et surtout masser Loupp en premier comme d’habitude. Le box est frais, eau et foin à volonté, il ne devait rêver que de cela ! Puis pour moi, c’est le meilleur rata que j’ai pu dévorer depuis trois semaines avec du vin, du pain frais, du sel et du poivre, tout cela dehors, devant une vallée vosgienne verte mais verte encore au soleil ! Je repars à pied pour le cimetière du commandant Duchesne et retrouve la tombe de mon arrière grand-père après avoir parcouru presque tout le cimetière de long en large. Loupp n’était pas de cette dernière ballade, j’ai préféré le laisser tranquille.

Le bonheur d’être arrivé se mélange à la tristesse

Chemin dans les Vosges
À travers la forêt des Vosges.

Demain matin pas de départ matinal, j'en ai fini avec la seule idée des cartes, du ravitaillement, des pauses à l’ombre, de l’hébergement pour Loupp.

On a tout consommé, la pression servie par le cafetier sur le bord de la route Loupp en main, les histoires des petits vieux, le contact avec Loupp comme je ne l’avais pas du tout imaginé, les hébergements, les nuits avec Loupp, le café au réveil le matin dehors, la toilette tout nu devant l’abreuvoir…

L’arrêt est très très brutal. Je le sens très vite quelques heures à peine après l’arrivée et aujourd’hui encore j’évite de m’appesantir sur ce projet. Mais Loupp et moi l’avons fait. Loupp est  sain et sauf, et c’est la seule chose qui compte vraiment. À moi de me débrouiller avec mes regrets, mes sentiments et autres sensations, fallait pas y aller !

Mais sûr, je repartirai avec Loupp.

Texte et photos © Frédéric Iehlé Tous droits réservés

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