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Texte et photos © Jean-Louis Gouraud Tous droits réservés
Rendez-vous le 29 mars, date de sortie du film en salle !
Serko, livres et DVD
Sortie DVD le 15 novembre 2006
Serko, Une chevauchée magnifique à travers la Russie, le parcours extraordinaire d'un jeune Russe et de son cheval Serko. Un exploit, une épopée, une histoire d'amour. Avec Jacques Gamblin.
Serko, album jeunesse dès 6 ans (relié) par Maggie Paley, Joël Farges et Jean-Louis Gouraud
Serko, beau livre (relié) par Maggie Paley, Joël Farges et Jean-Louis Gouraud.
Le livre se compose en 20 parties : le récit de voyage, écrit à la première personne par Joël Farges et accompagné des superbes photos en couleur de Matthieu Paley réalisées lors du tournage ; ainsi que des pages plus documentaires sur divers points d’histoire de la Russie à la fin du XIXe siècle, de civilisation, les paysages typiques... comportant des textes passionnants de Jean-Louis Gouraud et des photographies et documents anciens.
Serko, roman par Jean-Louis Gouraud, suivi de Riboy, qui inspira à Bartabas son film Chamane, et Ganesh, dont l’adaptation en série TV est en cours d’écriture.
Les chevaux préférés

Kasper, hongre de 13 ans, mon préféré appartenant au centre équestre de Ismaïlovo proposé pour 4 ou 5000 dollars minimum…

Altaïr, hongre de 12 ans, propriété de Irina, une fumeuse qui le laisserait pour 1600 dollars. Altaïr conviendrait aussi bien que Kasper (ou presque) bien qu'il soit plus étroit du devant.
Un film de Joël Farges d'après le roman de Jean-Louis Gouraud

À moi le casting des chevaux ! C’est un double challenge.
Primo, parce que la race, le type, la variété à laquelle appartenait le vrai Serko — chevaux de l’Amour, d’origine mandchoue — n’existe plus. J’ai pu le constater, de mes propres yeux, lorsqu’en 1986 j’ai visité les principaux haras du Heilongjiang, nouvelle appellation donnée par les Chinois à la Mandchourie : les races locales, ici comme dans l’ex-Union Soviétique, ont été — améliorées — par des zootechniciens apprenti-sorciers qui ont réussi à leur donner, certes, plus de taille et plus de masse, mais au détriment, hélas de leurs prodigieuses endurance et résistance. Inutile, donc, d’aller chercher notre Serko dans ces lointaines contrées : on n’y trouve plus que de braves chevaux semi-lourds, tout juste bons à tirer une charrue et à faire… du saucisson.
Secundo, parce que dans un film comme celui-là, où les distances entre les différents sites de prises de vue sont de plusieurs centaines, parfois plusieurs milliers de kilomètres, on ne peut se contenter d’un seul cheval, qu’on trimbalerait (comment ?) d’un point à un autre, selon les besoins du tournage. Il faut pouvoir disposer d’un cheval, ou, mieux encore de deux, voire trois chevaux, à proximité de chaque plateau : un cheval pour jouer le rôle, et une ou deux doublures en cas d’indisposition du premier.
Photos et commentaires de jean-Louis Gouraud sauf mention dans la légende

Le film devant se tourner en trois lieux différents – deux en Sibérie, un en Russie d’Europe — c’étaient donc six à neuf chevaux qu’il fallait trouver : six à neuf chevaux qui se ressemblent, six sosies !
Mes recherches autour du lac Baïkal ayant été vaines (on élève de moins en moins de chevaux dans ces contrées, et ceux qu’on y élève encore naissent et grandissent en liberté : le temps d’en choisir trois ou quatre, de les débourrer, de leur apprendre les deux ou trois grimaces qu’on attendait d’eux — le film serait terminé depuis longtemps !), j’acquis très vite la conviction qu’il fallait chercher… ailleurs.
Chercher quoi, exactement ? Des chevaux gris (Serko est le diminutif du mot siery, qui signifie gris), pas trop grands, membres puissants, encolure épaisse, crins abondants, chanfrein légèrement busqué, ganache lourde, mais œil vif. Bref, des camargues , me dit finement un ami français. Oui, à peu près. Plutôt des barbes. Mais la Méditerranée est un peu loin du Baïkal. Essayons de nous en rapprocher davantage.
Je songe aux solides chevaux inventés par le comte Orlov, les fameux trotteurs du même nom, pas trop hauts, épaule et rein puissants, devenant, avec l’âge, généralement gris clair — comme Serko. Catherine Dussart est d’accord : c’est une bonne piste. Nous voilà donc partis pour Voronej, le berceau de la race : là où le comte Orlov avait créé ses élevages et dont les haras, devenus propriété de l’État, ont continué, sans interruption, même pendant la révolution, à produire le cheval le plus emblématique de la Russie.
Voronej est à cinq cents kilomètres du sud de Moscou : il faut une nuit de train pour y arriver. J’ai demandé à mon vieux complice, Nicolas Bordovskikh, de nous accompagner. Il est non seulement un excellent interprète (et un ami fidèle) mais ses relations dans le milieu russe du cheval nous sont utiles.
Les haras de Tchesmenski et de Khrenovoye ont le charme de grandes demeures au passé prestigieux, mais leur visite est, pour nous, un peu décevante. On y trouve tout juste une paire de sympathiques juments, Mitra (9 ans) et Popoulatzia (7 ans) proposées à trois mille dollars chacune.
On est loin d’avoir réglé notre problème. Avec Nicolas, nous écumons alors tout ce qui ressemble, dans la région de Moscou, à une écurie, un haras, un hippodrome, un club hippique. Et l’on finit par dégotter ainsi une douzaine de petits chevaux gris assez ressemblants au Serko historique. Mon préféré est un certain Kasper, un hongre de 13 ans repéré dans le joli petit centre équestre de Ismaïlovo. Hélas, son prix augmente de jour en jour, jusqu’à atteindre des sommes délirantes. Certains, comme Orlik, propriété d’un jeune cascadeur, ne sont pas disponibles pour une très longue période. D’autres, comme Barsik, sont trop vieux (20 ans !) pour supporter un voyage jusqu’en Sibérie.
Finalement, Catherine Dussart jette son dévolu sur Altaïr, un hongre de 12 ans, sosie parfait du vrai Serko, en effet, mais qui se révèle, à l’usage, impraticable — et sur deux adorables pensionnaires des écuries de Bitsa : Prométhée, un hongre de presque 12 ans, et Fée, une douce jument de 13 ans au regard plein de tendresse.
Bitsa est un gigantesque complexe équestre de la périphérie de Moscou, où s’étaient déroulées les épreuves de dressage et jumping lors des olympiades de 1980. Les installations sont un peu délabrées, mais les chevaux de l’école d’équitation y sont traités avec amour.
Fée, Prométhée (et Altaïr) seront traités avec amour encore lorsqu’ils arriveront, en février 2005, après un rocambolesque voyage en camion de plus de cinq mille kilomètres (8 jours et 8 nuits, à des températures folles de moins 20, moins 30 !) à Irkoutsk.
Ils sont accueillis, dorlotés, bichonnés, (et retapés) par la belle Tatiana Niechumova, responsable du petit club hippique installé dans les vieilles écuries de l’ancien hippodrome de la capitale de la Sibérie orientale. Au cours de mes derniers repérages dans la région, quatre mois auparavant, j’avais été frappé non seulement par sa lumineuse beauté, mais par le sérieux et la compétence avec lesquels elle avait répondu à mes questions, par la propreté des boxes, la gaîté de ses chevaux et la richesse de ses réserves d’orge, d’avoine et de carottes.
20 mars 2006 — World Trail Rides © 2000-2010
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