Chevaux, par Jean-Louis Gouraud, photographies de Yann Arthus-Bertrand. Éditions du Chêne (15 janvier 2014) - Collection: Beaux Livres - Relié: 232 pages 20,5 x 29,5 cm.

Contrairement à ce que beaucoup s'imaginent, Yann Arthus-Bertrand ne passe pas sa vie dans les hélicoptères à photographier la terre vue du ciel. Il lui arrive aussi de se poser, d'atterrir, pour photographier la terre vue de la terre. Une terre qui, avec lui, n'a jamais autant mérité le joli sobriquet que lui donnent les navigateurs, marins et aviateurs : le plancher des vaches. Des vaches, oui. Mais aussi des moutons et des cochons, des chiens et des chats, qu'il a été le premier, dans les années 1990, à traiter comme font les photographes de mode avec les mannequins : en studio, sur fond uni, en soignant les éclairages, en réglant les ombres et les lumières, en étudiant les poses. Avec l'idée de mettre les sujets en valeur.
Pour rien au monde il ne le raterait : le Salon de l'agriculture, qui rassemble les plus beaux bestiaux de France et se tient chaque année, en mars, à Paris, est un peu sa semaine sainte. Pendant huit jours il y plante sa tente, ses projecteurs, ses convecteurs, ses réflecteurs. Il vit sur place, dort sur place, photographiant à longueur de journées les plus beaux représentants des plus belles espèces de ces animaux que Jacques Lacan a judicieusement appelés d'hommestiques.
Voilà près de vingt ans que ça dure. En vingt ans, on s'en doute, Yann a appris beaucoup de choses sur les bêtes (et sur les hommes). Mais sa principale découverte, peut-être, a été de comprendre que le cheval n'est vraiment pas un animal comme les autres. Le cheval, en tout cas, est un animal plus difficile à photographier que les autres. Pourquoi ?
La beauté d'un taureau réside dans sa force tranquille, la beauté d'une vache ou d'un mouton dans leur placidité. Et donc dans l'immobilité. Le cheval, c'est l'inverse. Le cheval est beau lorsqu'il bouge. Sa vraie nature est dans l'action. Gros problème pour le photographe, dont le métier consiste à fixer le mouvement : comment rendre compte sur une image figée de la beauté chorégraphique du cheval ? C est tout l'art d'Arthus-Bertrand d'y être parvenu. L'art et l'audace, car il lui a fallu du courage, et même du culot, pour oser sortir des sacro-saintes conventions du portrait équestre. Il y a, en effet, une façon traditionnelle, officielle, académique, de photographier les chevaux : de profil, bien campés sur leurs quatre membres, les antérieurs parallèles, les postérieurs légèrement décalés, la tête haute et, pour mieux voir 1 encolure (et éviter d'éventuelles tromperies), la crinière rejetée sur le côté opposé au côté photographié.
Yann se moque de tout cela. Son souci n'est pas de photographier les chevaux comme la police photographie les criminels, ou comme les officiers des haras conçoivent une fiche signalétique. Son souci, c'est de montrer les chevaux tels qu'ils sont, tels qu'on les aime : vivants, fringants, vifs, mobiles, dansants, élastiques et même - pour utiliser un adjectif qui plaira à cet artiste qui vit un peu au ciel - aériens. Pour réaliser ce livre, Yann Arthus-Bertrand a travaillé plus de quinze ans, et fait plusieurs fois le tour du monde. Le nombre de ses prises (de vues) a beau dépasser le millier, peut-être la dizaine de milliers, il ne s'agit pourtant pas d'un travail exhaustif. Son entreprise n'a aucune prétention encyclopédique, aucune ambition savante. L'idée consiste, certes, à composer une sorte d'atlas du cheval - mais c'est un atlas amoureux.

Jean-Louis Gouraud est l'auteur de nombreux articles, romans, spectacles et anthologies à la gloire du cheval. Passionné de chevaux, il a suscité entre autres la création de l'Organisation mondiale du cheval Barbe, contribué à faire connaître la race Akhal-Teke et entrepris la restauration du cimetière des chevaux de Tsarskoye Selo en Russie. Il a sillonné le monde entier à leur découverte et a relié Paris-Moscou à cheval en 75 jours. Véritable écrivain voyageur, il a obtenu le Prix Renaudot poche avec Le Pérégrin émerveillé (Babel/Actes Sud) en 2013 et est membre de l’Académie littéraire Pégase.