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La Jamaïque

Terre de forêts et de rivières

Jamaïque! Jungle étonnante mais fascinante. On va le traverser ce pays !

La Jamaïque, terre de forêts et de rivières, offre à un cavalier en quête de paradis, un éden à la fois sauvage et accueillant avec quelques 120 rivières, 3.000 variétés de plantes à fleurs dont 240 espèces d'orchidées, forêts tropicales d'altitude, montagnes et collines à perte de vue, 80 espèces de papillons endémiques, savanes sèches, cactus, 150 espèces de fougères, barrières de coraux et ses variétés d'animaux marins. Avec ses 1 000 kilomètres de côte, elle offre également une grande variété de paysages côtiers, depuis l'écrin de sable doré bordant une mer turquoise et tiède jusqu'aux côtes découpées par la fureur des vagues. C'est un véritable havre pour les amoureux de la nature. Je ne pouvais donc éviter ce parcours si aventureux. Je découvre une Jamaïque paradoxale, d'autant plus belle qu'elle ne se livre pas facilement. Je ne peux réellement la recommander aux cavaliers au long cours car si je la sens, elle me surprend, m'empoigne, ne me lâche plus jusqu'à la fin du périple mais, elle n’est pas sans risque.

J'ai voulu traverser cette île à cheval pour sa musique, le reggae, qui avec Bob Marley et sa voix mythique en a fait une terre de légende qui s'est imposée aux yeux du monde. Pourtant elle se fait fuyante et complexe, car si on en parle comme le pays ayant le plus d'églises par habitant (protestantes, méthodistes, anglicanes, orthodoxes, baptistes, presbytériennes, adventistes, etc.) c'est aussi le pays au monde avec le plus de meurtres par habitant !

Plus qu'une musique, le reggae, message de paix et d'amour, a été détrôné par son dérivé moderne, le dance-hall, qui chante la violence et le hard sex pour faire battre le coeur de l'île.

Yah man. Respect !

Durant toute cette traversée d’Est en Ouest, essentiellement composée de montagnes et de jungle, je constate que cette musique omniprésente semble dicter le rythme de toutes les activités quotidiennes et irrigue chaque élément de la culture jamaïcaine. Je repère une jument autrement plus ronde et grande que les autres chevaux près du village de Manchioneal. Assez dépressive, pour avoir perdu son poulain depuis un mois, j'espère lui redonner goût à la vie en m'accompagnant ! Sans âge, sans pedigree, sans nom, je l'appelle Jamaica.

Jamaïque ! Enfer vert, mur d une nature exhubérante.

Nous commençons par traverser les montagnes de John Crow puis nous montons beaucoup plus haut sur les crêtes des montagnes bleues où se cultive l'extraordinaire café jamaïcain, pour redescendre ensuite dans la région de Guanaboa et remonter à nouveau sur le fameux plateau du Cockpit. Les Montagnes Bleues ou Blue Mountains sont en fait les plus hautes montagnes des Antilles avec leur Peak qui s'élève à 2 200 m d'altitude. Elles sont vraiment magnifiques mais toute l'ambiguïté de ce paradis est que des événements tragiques peuvent se dérouler sur un fond de décor somptueux. C'est ainsi que le soir, nous sommes souvent invités à dormir par les habitants de petits villages montagnards voire la police locale, car ils s'inquiètent pour notre sécurité dans les endroits isolés. Certains Rastas me lancent même des "Yah man, respect" sur le chemin.

Jamaïque ! Enfer vert, mur d une nature exhubérante.

La nourriture est souvent succincte mais mes plats préférés restent le Jerk Chicken, poulet épice macéré cuit au feu de bois, et le Ackee, dont l'apparence rappelant un fruit, est en fait un légume national qui est servi en accompagnement de nombreux plats, mais tout particulièrement avec de la morue salée qu'il adoucit. Symbole de l'île, poussant sur un arbre, ce fruit jaune et brun entouré d'une coquille s'ouvre à maturité mais est vénéneux tant que la coque reste fermée. J'ai toujours beaucoup de bonheur à mettre les enfants rencontrés sur le dos de mes chevaux et à voir leurs visages s'illuminer au fur et à mesure de leur assurance prise. Ils adorent caresser ma petite Jamaïca qui se détend elle aussi progressivement à leur contact. Elle finira même par leur faire les yeux doux d'ici a la fin du voyage.

Apprendre a jouer aux dominos…

C'est aussi avec les enfants que je vais à la pêche aux écrevisses. Et là, c'est une partie de rigolade garantie au milieu des cascades et des tourbillons d'eau limpide. L'intérieur de l'île est sculpté par de profondes vallées creusant des chaînes tropicales. Le Cockpit Country est un plateau karstique qui s'étend sur 1300 km². Son relief accidenté s'explique par la tendreté et la porosité du calcaire attaqué par l'érosion. J'emmène vraiment ma jument Jamaïca dans un environnement sublime aux confins de l'inaccessible. Cette vaste étendue est l'une des plus méconnues et des moins visitées de l'île, malgré sa richesse tant géologique, qu'animale et végétale. Il faut dire que c'est le repère des planteurs de Marijuana. Si l’herbe est plus verte ici qu'ailleurs, elle n'en est pas moins illicite ! Cette région aux formes bizarres et aux paysages spectaculaires est très vallonnée en une succession ininterrompue de mamelons dodus, de dômes et de tours karstiques, sillonnés par endroit de profondes dépressions. En effet, l'érosion des formes calcaires vieilles de plusieurs millions d'années a créé des reliefs étonnants aux formes rondes couverts d'une végétation très dense, le plus souvent inextricable me donnant l'impression d'une région inexplorée. Le Cockpit Country est aussi creusé de dédales de grottes souterraines difficiles d'accès. C'est dans cette région peu accessible, que les Marrons (du mot "cimarron" en espagnol voulant dire "insoumis"), ces esclaves africains échappés des plantations ont trouvé refuge, ils y ont établi leur quartier général, édifiant villages et réseaux de communication. Depuis leur retraite montagnarde, ils ont résisté de longues années aux colons britanniques contre lesquels ils ont mené une épuisante guerre d'usure qui s'est soldée par un traité de fer. Aujourd’hui, ce sont les planteurs illégaux de Marijuana qui squattent ces mêmes grottes. Car, quasiment déserte, la région reste vierge de toute exploitation agricole ou forestière ; seuls les contreforts sont un peu domestiqués par de petits fermiers exploitant à grand-peine des lopins de terre. D'ailleurs, ces fermiers me donnent souvent la direction de quelques pistes mal entretenues et peu praticables, où la machette est de rigueur et la possibilité de rencontrer des bandits constante, mais perroquets multicolores et colibris délicats font oublier le danger.

Jamaïca el les Blue Mountains

Ganja, Marijuana, Weed, herbe aux noms multiples fait partie intégrante de la société jamaïcaine quoique sa culture et sa consommation soient interdites et sévèrement réprimandées. Si les Rastas sont les premiers associés à la consommation de Ganja en Jamaïque, ils ne sont pas les seuls. En effet, je peux observer du haut de mon cheval qu'une bonne partie de la population consomme de l'herbe régulièrement, notamment dans les milieux ruraux où les paysans travaillent avec un Spliff "joint" à la main, et une machette de l'autre. Un jour, alors qu'un hélicoptère bleu et blanc passe dans les airs, je demande à un autochtone le pourquoi de son passage. Il m'explique que c'est l'armée jamaïcaine travaillant avec le FBI américain qui recherche les cultures illicites de marijuana. D'ailleurs, le lendemain, nous passons à coté de l'une d'entre elles qui brûlait.

Marijuana. Tradition ou art de vivre ?

J'accélère le pas de la jument car je sens que nous sommes rapidement sous l'emprise somnolente de la fumée très odorante. À peine une demi-heure plus tard, chevauchant sur un petit sentier, une douzaine d'individus machette en main bondit autour de moi. Deux des leurs, fort menaçants, m'accusent d'être un agent de la brigade anti-drogue ayant contacté les autorités de l'hélicoptère qui ont incendié par pulvérisation leur champ de marijuana. Je pose la main sur la poignée de ma machette, rétorque d'une assurance simulée qu'il serait suicidaire qu'un policier voyage seul à cheval dans ces contrées, et avant que l'on ne se transforme en steak, je peux prouver par un article de presse que je ne suis qu'un français qui réalise son rêve de parcourir le monde à cheval. Le premier semble lire silencieusement l'article, je commence à me décontracter un peu mais me raidis aussitôt lorsque relevant la tête, il harangue que je suis certainement un policier. Avant que je n'ai eu le temps de réagir, l'autre homme lui arrache le journal des mains et lui dit: "donne-moi ça. Tu ne sais même pas lire !" Une fois la lecture faite, il rassure de suite la bande, déclarant qu'il me laisse partir. Alors, je réponds spontanément : "Ce n'est pas vous qui me laissez partir, mais c'est moi qui vous laisse tous partir". Ils se mettent tous à rire par ce sens de l'humour qui trouve le comique dans la tragédie. Je talonne ma jument, les jambes quelque peu flageolantes. Tout simplement, j’ai failli me faire découper en rondelles à cause d’un gars qui ne savait pas lire ! Ne pensez pas que l'histoire s'arrête là. Car deux jours plus tard, une autre petite bande de planteurs de ganja se met aussi en travers de mon chemin et cette fois, c'est moi qui me fâche en hurlant que cela ne va pas recommencer. Ils me calment aussitôt m'expliquant que l'autre bande les avaient prévenus de mon passage par communication cellulaire et, comme il se fait tard, ils m'invitent à partager leur repas et à dormir sous leur campement de fortune. Je pense alors qu'il est préférable de passer la nuit sous l'égide des truands plutôt que de me retrouver seul dans la jungle à la merci d'un illuminé. Bien m'en a pris car c'est ce soir la que j'ai appris les véritables règles du jeu de dominos !

Difficile de laisserJamaïca, boire à la rivière…

En Jamaïque, les dominos ne sont pas seulement un jeu, mais un véritable sport national. Il se pratique généralement sur une table de bois autour de laquelle les joueurs rivalisent d'ardeur verbale pour impressionner leurs adversaires déjà tenus en respect par la force avec laquelle les pièces sont posées sur la table.

Nous continuons le voyage sans trop de problèmes à part le rasage total de ma tête et de la crinière de Jamaica suite à l’attaque en masse de tics dans la jungle.

Dans la province de Hanover, nous sommes accueillis chaleureusement par une modeste famille. Que ne fut pas ma surprise d'apprendre au cours du repas du soir que c'est la famille de Merlene Ottey, la femme la plus médaillée du monde, trente quatre médailles Olympiques, une fabuleuse athlète, notamment en course sur 100 mètres et 200 mètres. Toute la Jamaïque est fière de cette enfant du pays plus rapide que son ombre.

Le reggae prend aux tripes !

Nous sommes également reçus dans le lieu-dit Appleton Estate par le directeur de la plus fameuse rhumerie de la Jamaïque. Je visite la distillerie et goûte tous les rhums. Nous ne repartirons que le lendemain ! Non loin de là, nous sommes invités par les propriétaires des fameuses cascades YS. Après un mois de voyage, je passe ma première nuit dans un vrai lit. Et Jamaïca peut enfin être en compagnie d'autres chevaux puisque cette famille possède aussi un élevage de purs-sangs de course. Nous suivons pendant un certain temps la Black River, rivière que ne peut approcher Jamaïca pour la bonne raison qu'elle est infestée de crocodiles. Je suis obligé de scruter attentivement la surface de l'eau avant d'y plonger rapidement un sac plastique et de ramener à boire à la jument.

Passant par Samana-la-mar, nous terminons le voyage sur la côte Ouest près de Negril. Le lendemain, un transporteur ramène Jamaïca chez elle sur la côte Est. C est une jument enfin détendue et heureuse que retrouve son propriétaire ainsi qu'une vingtaine de gros sacs de grains pour sa subsistance à venir. Après un bain rapide à la plus belle plage de l’île et une petite larme pour ma dulcinée Jamaïca, je reprends l’avion et, passant par Panama, j’atterris à Saint-Domingue pour ma prochaine chevauchée du tour complet d'une autre île : la République Dominicaine.

D'après un courriel du 17 mai 2009

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