Coup de cœur

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Livre: Petit traité sur l'immensité du monde par Sylvain Tesson

Petit traité sur l'immensité du monde par Sylvain Tesson. Précis de désobéissance naturaliste, philosophie de poche buissonnière, récit romantique contre l'ordre établi.

Thierry Posty, à travers les îles Galapagos

Son Tour du Monde devait passer par là !

Mon Tour du Monde devait de passer par là. C'était un rêve de toujours. Enfant, la seule prononciation du nom Galapagos me faisait frémir, je me voyais corsaire conduisant un galion en direction de l'île aux tortues, refuge des marins naufragés et des pirates…

Rosillo et Thierry à la rencontre de l'iguane

Cet archipel est composé de 19 îles dont Fernandina, Isabela, San Cristobal, Santa Cruz et Santiago, ainsi que d'une quarantaine d'îlots qui s'étendent sur une surface totale de 8000 kilomètres carrés. Il est situé dans l'Océan Pacifique environ 1000 kilomètres à l'Ouest des côtes équatoriennes. Ce groupe d'îles constitue la partie émergée d'une grande cordillère volcanique. Le sommet en est le volcan Wolf, altitude 1707 mètres, situé sur l'île d'Isabela et dont la dernière éruption eut lieu en 1991.

J'ai choisi cette île comme lieu de prédilection pour mon passage à cheval aux îles Galapagos car, elle est la plus grande avec ses 60 kilomètres de large et 160 kilomètres de long, elle est la seule de tout l'archipel que la ligne d'Équateur traverse… Bizarre ! Cette ligne équinoxiale me suit et me poursuit et enfin elle ressemble étrangement à un Hippocampe !

Je n'arrive pas ici sur un simple archipel mais sur une planète inconnue, échouée dans l'univers aqueux, merveilleuse désolation volcanique aux couleurs mystérieuses. Ces îles sont un asile à la population monstrueuse, unique et comme immortelle iguanes géants, tortues centenaires, lions de mer, fous à pattes bleues, manchots, requins et raies monta.

Il me faut prendre un vol de Guayaquil en Équateur et atterrir sur l'aéroport de l'île de Santa Cruz pour reprendre un petit bateau durant deux heures de mer houleuse jusqu'à Puerto Villamil, unique petit village tranquille situé le long d'une belle plage de sable blanc au Sud de l'île de ma destination finale : Isabela et ses 6 volcans.

En pleine discussion avec E.T.

La maigre population se consacre principalement à l'agriculture, à la pêche et du peu de tourisme qui n'a le droit de visiter que les alentours proches. À cause de sa taille et des conditions environnementales, l'île héberge une grande diversité de flore et de faune, inégalée par les autres îles. Isabela est l'habitat naturel spécifique des tortues géantes des îles Galapagos appelées Insulea de los Galopegos, Iles des Tortues.

L'intérieur de l'île est, de par sa formation volcanique, assez montagneux et, je le devine, difficile d'accès pour un périple à cheval. Du reste, ce sont les cratères qui représentent les points culminants d'Isabela.

Le parc national des Galapagos est avant tout une réserve naturelle exceptionnelle. Il a été inscrit à la liste du patrimoine mondiale de l'UNESCO en 1978. L'environnement de ce parc demeure donc bien préservé en grande partie grâce aux règlements draconiens appliqués par les gardiens du parc. Je me verrai accorder une permission exceptionnelle de parcourir à cheval l'île Isabela grâce à l'intervention des guides biologistes, naturalistes et scientifiques de la fondation Charles Darwin, je les remercie de tout coeur à travers cet écrit de leur compréhension et confiance en moi à ne pas déranger faune et flore de son équilibre écologique si fragile.

Galanterie oblige, nous laissons passer
Dame Tortue

Pour ces spécialistes de la nature, ce tour du monde à cheval se devait de passer par les Galapagos, c'est aussi une merveilleuse opportunité de sensibiliser le public aux richesses naturelles sans équivalence de cet archipel.

Dès mon arrivée sur l'île, je me mets en quête de mon nouveau compagnon équin. Je m'aperçois vite que les chevaux du village sont trop petits pour moi et surtout plutôt maigres ! Mais Monsieur Destin me sourit encore et toujours, si je le rencontre un jour en personne, je le saluerai respectueusement. En effet, un des scientifiques, épris par mon aventure si particulière, me présenta un cavalier solitaire : Chacoban possédant l'unique grand cheval de l'île Rosillo, étalon de 7 ans, rouan de robe mais qui devient d'un rose éclatant au coucher du soleil d'où son nom Rose. Je décide de laisser mon cheval pieds nus car chaussé de fers, il glisserait dangereusement sur certains segments de lave que nous sommes obligés de traverser.

Sieste d'un iguane bien dodu

Le climat en cette période est plutôt sec et si quelques averses tombent en fin d'après-midi, elles sont les bienvenues car elles remplissent les flaques formées par les trous de lave nous permettant ainsi de récupérer l'eau potable. La température de l'air varie régulièrement de 20 à 30 degrés mais les nombreuses apparitions de la Guarua, sorte de brouillard épais recouvrant en permanence la forêt tropicale montant au sommet des volcans donne aux arbres moussus des airs fantomatiques. Au niveau du temps, il existe, pour les quelques habitants des Galapagos, une prévision sûre : il est imprévisible !

Nous démarrons notre expédition en passant par El muro de Las Làgrimas ou le Mur des Larmes, un endroit négativement historique où, dans les années 1950, existait un centre de détention réputé pour la cruauté de ses gardiens. Un mur impressionnant de 10 mètres de haut et 120 mètres de long fut construit en haut d'une aride colline par les prisonniers – juste pour la souffrance de l'édifier. Nous continuons le long de plages superbes, de forêts de mangroves et de lagunes saumâtres où batifolent pinsons, hérons et flamants jusqu'au volcan Cerro Azul (1689 mètres) qui possède fumerolles et formation de lave saisissante. Il est entré en éruption 3 mois avant mon arrivée après 10 ans de repos !

Le cratère fumant du volcan Sierra Negra

La montée au volcan Sierra Negra ne m'a pas fait oublier qu'il a aussi réveillé ces flux de magma ardent trois années plus tôt en Novembre 2005 déclarant une vraie panique chez les habitants de l'unique village Villamil situé à seulement 30 kilomètres du cratère enragé. Trois fleuves de lave se sont finalement écoulés du côté opposé au village.

Aujourd'hui, les gens construisent toujours de petites maisons envahies par les iguanes et vivent ainsi sur les dernières éruptions de lave sans trop d'inquiétude ou, jusqu'à la prochaine éruption !

Les pentes du Sierra Negra sont très fertiles, nous remontons beaucoup de Fincas, petites fermes cultivant caféiers, bananiers, tomates arboricoles, et surtout une plante grimpante qui m'a été indispensable sur toute l'île : une sorte de passiflore qui donne des fruits de la passion ! Rosillo en raffole, je le gave de ces baies juteuses économisant ainsi le maïs noir transporté de Villamil.

La vue spectaculaire sur le cratère fumant de ce volcan de 11 Km de diamètre est tout à fait pétrifiante. Une impression d'éternité s'ouvre devant moi où chaque minute de ce voyage à cheval, unique en son genre, se transforme en un siècle de vie : Je n'en perds pas une seule et je tiens compte de toutes ces minutes pour ne pas les gaspiller !

Il est parfois difficile de traverser les champs de cactus de lave !

Nous remontons plein Nord au centre de l'île par le volcan Alcedo tout en prenant des précautions constantes pour ne laisser aucune trace de notre passage, comme promis aux scientifiques; enterrez cendres et crottins, ne pas approchez de trop près les animaux, ne manger que des crabes, diriger avec précision Rosillo afin de lui éviter de marcher sur la queue d'un de ces nombreux iguanes. Mon impact sur l'écosystème est donc minimisé au maximum et j'aurai l'occasion de voir un petit hélicoptère passer une fois par semaine au-dessus de nos têtes, probablement des scientifiques venu vérifier le tenue de mes engagements. L'île est un formidable milieu d'étude et d'émerveillement et je me fais un point d'honneur d'en avoir un total respect. Sur la plus grande partie de l'île interdite au public, la faune locale, otaries, manchots, pélicans, iguanes marins ou terrestres, n'ont pas appris à craindre la présence de l'homme car inexistante. Leur curiosité pour mon équipage m'a parfois surprise et je me suis trouvé au plus près de toutes ces espèces animales bien malgré moi ; parfois alors endormi seul sur la plage, je me retrouve entouré d'une colonie de phoques à mon réveil ! Je me baigne souvent avec otaries et petits requins transparents, admirant de mes minuscules lunettes de plongée, des espèces de poissons qui m'étaient jusqu'alors inconnus.

Rosillo raffole des fruits de la passion

Ces îles des Galapagos ont vraiment donné naissance à des formes de vie étranges qui n'existent nulle part ailleurs et qui ont bouleversé notre compréhension du monde naturel. Je peux croire aujourd'hui qu'un certain Charles Darwin, ayant mis pour la première fois les pieds sur ces îles en 1835, rassembla énormément d'éléments pour écrire un livre révolutionnaire : De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle. À peine arrivé, il écrivait de "ces gros lézards noirs" en désignant les iguanes, que c'étaient d'"hideuses créatures stupides et maladroites", mais en les observant dans leur milieu naturel aquatique, le naturaliste est devenu admiratif comme je le fus : ces sales bestioles nagent magnifiquement, descendant jusqu'à plus de 12 mètres de profondeur et parvenant à ralentir leurs battements de coeur pour demeurer près d'une heure sous l'eau !

Le guecko chevauche la tête de l'iguane

Les iguanes terrestres, plus beaux, plus colorés et bien plus gros que les iguanes marins. Certains dépassent un mètre de long. Leurs couleurs varient, allant du beige gris à de superbes teintes jaunes et rouges. Ils passent le plus clair de leurs journées au soleil mais ne dédaignent pas une petite sieste à l'ombre des cactus.

Il est vrai que de premier abord, Isabela ressemblait à un enfer, impossible à voyager à cheval : ses rochers volcaniques me semblaient si inhospitaliers, si arides. Voir ces tortues géantes évoluant sur des paysages lunaires ou ces dragons d'iguanes, peuplant les rochers, cracher de l'eau salée par les narines, ses raies aigle gigantesques effleurant la surface de l'eau, me donnait des cauchemars les premières nuits qui se sont vite transformées en véritables rêves de Robinson Crusoé.

Iguanes en file indienne

Redescendant par le volcan Darwin, nous arrivons au volcan Alcedo sur le sommet duquel vivent des tortues géantes d'environs 250 kilos. Elles se réunissent autour de petites mares d'eau douce auxquelles j'abreuve régulièrement Rosillo. Elles peuvent vivre jusqu'à 150 ans, et pendant ce temps, l'île peut se déplacer de 6 mètres car elle est emportée par des plaques tectoniques marines qui dérivent sans cesse vers l'Est. Si les premières rencontres avec ses carapaces à pattes ont été bondissantes, ces dames n'hésitant pas à monter sur les pieds de mon cheval, la curiosité irrésistible de ce dernier à flairer leur tête, prit l'ascendant sur ses craintes. Rossillo observe toujours avec attention leur délicate façon de manger les baies du fameux cactus des champs de lave, le Opuntia arborescent (ou prickly pear cactus). Les iguanes, eux, roulent soigneusement ces baies pour se débarrasser de leurs piquants avant de les consommer...Mon étalon évite souvent de justesse ces gros crabes de couleur rouge vif courant par centaines sur les laves.

D’après un courriel du 05 janvier 2009

Poissons, crabes et coquillages sont ma seule nourriture autorisée pour ce périple ; et la seule eau potable dont je dispose est celle que je trouve dans les flaques d'eau provoquées par les fortes mais brèves pluies tropicales de fin d'après-midi. Un jour, alors que j'invite mon cheval à boire dans l'une de ces flaques, il refuse catégoriquement et je fis donc de même. Néanmoins, je me rafraîchis le visage de cette eau limpide. L'effet contraire se produit: tout le visage me brûle, se gonflant instantanément, au point de ne plus pouvoir ouvrir les paupières. En quelques minutes, je me retrouve aveugle. Mes paupières boursouflées se sont refermées sur mes yeux mais pour combien de temps ? C'est à tâtons que j'attache Rosillo à une roche de lave : je suis immobilisé et ne peux bouger sans risquer de tomber dans un des nombreux tunnels de lave soufflés par le volcan. Je reste là, sous un soleil de plomb, impuissant, à me pommader avec des crèmes certainement inappropriées. Que m'est-il arrivé? Combien de temps avant de retrouver la vue – si je la retrouve ? Je pense à Rosillo ; bon, je peux toujours lui donner le maïs de secours en rampant ce soir mais pas d'herbe… Demain, si je suis dans la même galère obscure, je serai obligé de le lâcher sur cette île aux mille dangers ! C'est alors qu'une pensée me vient : je suis parti à cheval à travers le monde depuis 35 ans, à la recherche de ma fable ; celle du cavalier qui part seul, se bat et se débat seul face à de nombreux problèmes à résoudre tous les jours. L'éternelle fable de l'homme qui refuse de plier devant les églises, les terreurs, les modes, les schémas idéologiques, les principes absolus d'où qu'ils viennent et quelle qu'en soit la couleur. Juste un homme qui prêche constamment au nom de la liberté. L'éternelle tragédie de celui qui ne se plie pas, ne se résigne pas. Celui qui se résigne ne vit pas, il survit ! Ma vie va-t-elle basculer à tout jamais dans l'obscurité ? Peu importe… Elle n'aura jamais été une série d'occasions perdues donc, aucun regret de ce qui n'a pas été et qui aurait pu être, aucun remords de ce que je n'ai pas fait et que j'aurais pu faire. Je n'ai jamais gâché mon présent pour en faire une occasion manquée. Le manque d'espace, la monotonie de la routine, pire l'habitude, auraient pu éteindre ma capacité à rêver, à imaginer. L'habitude est le plus insidieux des poisons en ce qu'elle nous envahit lentement, en silence, qu'elle grandit peu à peu, se nourrissant de notre indifférence et quand on découvre qu'elle est là, que toutes les fibres de notre être en sont imprégnées, que chacun de nos gestes en est conditionné, il n'y a plus de remède possible pour en guérir.

Une journée et une nuit plus tard, mes yeux s'ouvrent alors que l'aube se lève. Quel bonheur de laisser paître à nouveau Rosillo qui se réjouit du changement de cette situation qu’il m'était bien difficile de lui expliquer. De suite, je regarde la redoutable flaque d'eau. Une sève blanchâtre flotte en surface, exhalant une odeur acide, cause de mes graves brûlures au visage. Des feuilles de mancenillier emportées par le vent, macéraient au fond de cette cuvette de lave, provoquant une acidité impressionnante aux effets semblables à ceux de l'acide chlorhydrique. Boire l'eau, même une petite quantité, aurait entraîné une intoxication mortelle. Merci Rosillo d'avoir refusé de boire !

Notre promenade se passe ensuite sans problème, dormant parfois au milieu de phoques et d’iguanes marins. Nous savourons à pleins poumons cette vie de Robinson Crusoé. Contournant le volcan Wolf, nous redescendons au sud vers le village où Chacoban, le propriétaire du cheval, est stupéfait de voir le bon état de Rosillo malgré la nourriture pas toujours facile à trouver.

De retour des îles Galapagos, je travaillerai quelques mois comme psychologue dans la Maison d'Enfants à caractère social où je pratique depuis 20 ans, métier que j'aime toujours autant ; et il faut bien remplir un peu les poches avant de repartir pour de nouveaux voyages. Car je refuse toujours les sponsors. Et j'en suis sûr, c'est le prix à payer pour assumer ma véritable autonomie et surtout ma propre liberté d'expression, comme dénoncer le non respect des droits de l'homme et de l'animal auprès des médias qui s'intéressent de plus en plus à ce cavalier du tour du monde. Je reste persuadé que l'aventure, la vraie, n'a pas besoin de sponsor. Je pense déjà au prochain pays où la musique se mêlera aux senteurs des fleurs tropicales: la Jamaïque.

D'après un courriel du 08 mai 2009

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