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Petit traité sur l'immensité du monde par Sylvain Tesson. Précis de désobéissance naturaliste, philosophie de poche buissonnière, récit romantique contre l'ordre établi.

Du Pérou au centre de l'Équateur avec Cayambe

Cayambe dans les montagnes de Vilcabamba regorgeant de centenaires

L'Équateur n'est pas seulement une ligne imaginaire équinoxiale tracée autour de la planète séparant les deux hémisphères Nord et Sud, c'est également un merveilleux pays, un paradis de contrastes naturels qui abrite une biodiversité incroyable, un pays de la multitude des hommes, des animaux, des plantes, des climats, des cultures, des langues. L'essentiel de la population est composée de Métis (plus de 50%), d'Indigènes (Indios-Indigenas, plus de 40%, en majorité de souche Quechua), et enfin de Noirs (Morenos, 8%). Les Métis se décomposent en trois groupes principaux : les Mestizos, métis d'Indiens et de Blancs, les Mulatos, métis de Blancs et de Noirs, et les Zambos, métis de Noirs et d'Indiens. C'est compliqué ! L'Équateur, c'est encore la Cordillère des Andes, sa fameuse vallée des volcans et les Quechua, indiens descendants entre autres des Incas. C'est l'Amazonie, cet enfer vert, poumon du monde, et les tribus Jivaros, indiens hors du temps.

L'Amble : l'allure latérale particulière du cheval Paso Fino

Je suis parti du Sud du pays avec un bel étalon bai nommé Cayambe (prononcé cayambbbé), du nom d'un volcan situé à 5790 mètres d'altitude au nord de Quito ; il est vrai que, seulement âgé de 5 ans, il explose parfois comme un véritable volcan, certains cavaliers Équatoriens prétendent que c'est dû à sa race Paso Fino. Ce cheval, originaire de Porto Rico, descend des chevaux espagnols et barbes des conquistadors au seizième siècle. Il se caractérise par une allure latéralisée à 4 temps, naturelle et très confortable, il peut l'effectuer à trois vitesses: le paso fino, l'allure classique, la plus lente, rassemblée et élégante, le paso corto, l'allure de croisière, soutenue et endurante, et le paso largo, la plus rapide mais toujours aussi confortable. Le propriétaire me prête Cayambe pour traverser seulement la moitié sud de l'Équateur craignant pour nous deux à l'approche de la Colombie. Ce n'est pas un problème car j'ai vraiment envie de monter chaque race de chevaux du pays d'origine dans ce tour du monde à cheval.

Nous partons de Macarà à la frontière péruvienne, nous traversons les paysages des sommets andins, de bois secs tropicaux et de forêts humides, d'étendues désertiques et de volcans enneigés, de lacs glaciaires et tectoniques, de forêts de mangroves. D'abord, les montagnes de Cariamaga où nous avons rencontré notre premier ours à lunettes ! Puis le village de Vilcabamba regorgeant de centenaires vigoureux, une bonne partie des grands-pères atteignent presque les 120 ans, Loja avec ses indiens Saraguros, Onacapac et ses indiens Puruhuas, la ville de Cuenca où Homero Ortega m'offre mon premier vrai chapeau panama, qui plus est, un prototype ! Le tout premier Panamà double tissage s'assurant ainsi d'une meilleure longévité. Le plus fameux chapeau fabriqué en Équateur est le sombrero de paja toquilla, dit de panamà. Achetés en 1898 pour l'armée américaine embarquant pour Cuba lors de la guerre hispano-américaine, puis conseillés comme bonne protection contre le soleil par les médecins aux employés qui creusaient la canal de Panamà, ces chapeaux connurent un tel succès que les commerçants européens et américains les importent encore aujourd'hui. Véritables merveilles de couvre-chefs, ils ne craignent ni les chocs, ni la pluie, et sont légers comme un filet d'air.

Je décide de voyager très léger dans ce pays de l'éternel printemps : donc un fin duvet, pas de tente mais un hamac couvert d'une moustiquaire et d'un poncho en cas de pluie. Je nourris souvent Cayambe de maïs… noir ! De par ses allures spéciales, nous avançons très vite mais profiteront pleinement de nos haltes dans les différents villages indiens.

Rencontre incroyable car trés rare d'un ours à lunettes

J'ai dû goûter le cochon d'Inde Cuy et… insectes en confiserie au cours d'un repas de fête ! Ces indiens travaillent parfois dans de grandes haciendas ou cultivent leur propre lopin de terre, qui suffit à peine à nourrir leur famille. Bien souvent, ils accumulent de telles dettes qu'ils sont ainsi pieds et poings liés aux grands propriétaires. Les dettes passent de générations en générations et asservissent des familles entières.

Les enfants partent travailler dans les bananeraies

Dans ce pays, des disparités aussi profondes que persistantes existent entre riches et pauvres. Mais là, je m attarde un peu sur la condition des enfants autochtones qui risquent plus de grandir dans la pauvreté et de se heurter à de grosses difficultés pour accéder à l'éducation car une grande partie du budget du gouvernement est affecté au remboursement de la dette extérieure, le pays a du mal à financer les dépenses sociales à un niveau qui permettrait d'améliorer la qualité de vie des familles les plus vulnérables. 54 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Conséquences : plus de 3 millions d'Équatoriens sur quelques 13 millions d'habitants ont émigré à l'étranger à la recherche d'un travail. Nombre de ces travailleurs ont laissé leurs enfants au pays ! Alors que je chevauchais au travers d'immenses bananeraies, j'ai vu des enfants de 5 à 14 ans travailler sans relâche. Ils m'ont fait visiter leur centre de conditionnement où ils s'exposent constamment à des pesticides toxiques, utilisant aussi de grands couteaux effilés : ils voulaient de toute évidence que je sois le témoin de leur calvaire enduré ! Je me suis renseigné auprès du gouvernement Équatorien : il parait qu'il met en place depuis plusieurs années un programme afin d'éradiquer le travail des enfants de moins de 15 ans. En attendant, je m'aperçois que ce programme n'est pas arrivé dans ce coin. Ces enfants ont un emploi précaire et ils n'osent pas s'organiser de peur d'être jetés dehors. L'Équateur est l'exportateur de bananes le plus important du monde : afin de maintenir de faibles coûts de production et de rester compétitifs, des planteurs, sans scrupules, ont souvent recours au travail des enfants. Affaire à suivre !

Au cours de notre voyage, nous avons eu l'occasion d'assister à un combat de coqs en extérieur dans une petite arène. Les propriétaires des coqs apportent leurs protégés emmitouflés dans une couverture, pour les tenir au chaud, un peu comme le peignoir du boxeur. Les coqs se saluent d'un coup de bec. Puis un juge ficelle à l'ergot d'une patte de ces galliformes à crête charnue une lame de rasoir en forme de faux. Si le coq combat avec son bec, c'est en fait avec sa patte meurtrière qu'il donne le coup fatal, bien souvent par hasard puisqu'il ne sait pas, le bougre, qu'il dispose de cette arme si tranchante. Les coqs tournent sur la piste en s'ignorant royalement avant de se dresser, furieux, l'un contre l'autre. Le combat est rapide, les coups mortels. Le premier qui plante son bec dans la poussière a perdu. Il est mort ! Pendant le combat, les spectateurs parient entre eux à grands cris. Les esprits et les voix s'échauffent dans une atmosphère survoltée à l'aide de grands coups d'alcool de maïs. Cayambe était éberlué devant toute cette violence ! Est-ce condamnable ? Certainement. Quoi qu'il en soit, le combat de coqs fait partie de la culture de toute l'Amérique du Sud. Nous avons trouvé le phénomène intolérable, mais si certains d'entre nous ont visité des abattoirs ou tout simplement assisté au gavage des oies, ils ont cessé depuis longtemps de donner des leçons.

Les Indiens Quechua, de par leur gentillesse et leur hospitalité, m'apprennent un bon nombre de leurs secrets et techniques comme pour exemple : comment pêcher sans canne à pêche mais simplement à l'aide d'une bouteille en plastique enroulée d'un fil nylon terminé d'une grosse cuillère. Il suffit de faire tournoyer la cuillère au-dessus de sa tête comme une fronde et de la lancer très loin au-dessus de l'eau en tenant le cul de la bouteille de l'autre main, le fil se déroule puis il faut le ramener en l'enroulant de la main qui va ferrer aussitôt un poisson accroché. Essayez, c'est facile et plutôt précis. D'autant plus simple pour moi qui m'identifiais déjà à Thierry la Fronde dans mon enfance !

Cayambe m'a fait découvrir la moitié Sud de l'Équateur avec toute cette générosité et cette affection naissante entre nous (bien trop courte à mon goût !). Ce cheval Paso Fino m'a étonné par son ardeur soutenue durant ces quelques semaines passées ensemble. Il retournera chez lui en camion de la ville d'Alausi située au centre du pays, où je trouverai Chico mon nouveau compagnon que je chevaucherai pour cette seconde partie de l'Équateur jusqu'en Colombie.

Juillet 2008. D'après un courriel du 03 décembre 2008.

Avec Chico, du centre de l'Équateur jusqu’à la Colombie

Chico et Thierry sur le chemin des volcans – intimité…

Suite à la participation d'un journal télévisé national, quelle surprise de trouver un cheval gris broutant devant ma tente au petit matin ! C'est un indien Zambo qui propose de me prêter son cheval à condition que je l'amène vivant jusqu'en Colombie, pays où il vient de le vendre à un autre indien. J'ai tout de suite trouvé l'homme bon et, après avoir inspecté, essayé ce cheval hongre âgé de 12 ans sous tous ses aspects, je lui déclare cavalièrement à grandes poignées de maïs dans la bouche qu'il est l'élu pour le reste du périple. Il s'appelle Chico, mais je l'appellerai plus souvent me pequiña Trucha traduit ma petite Truite à cause de sa couleur de robe très particulière : aubère grise truitée.

J'aime donner presque chaque fois un nouveau nom en rapport avec la personnalité ou la physionomie de mon compagnon de bonne étoile, car c'est pour lui un changement radical de vie avec un nouveau cavalier, un nouveau départ et, j'ai surtout l'impression que notre symbiose se crée d'autant plus rapidement.

À toutes ces différences ethniques, citées en début du récit de cette aventure équatorienne, s'ajoutent les clivages dûs à la géographie du pays ; Les Serranos, ceux de la montagne (Sierra), sont réputés austères, durs au travail, économes. Alors que les Costeños, ceux de la côte, sont jugés volubiles, expansifs voire insouciants. Dans ce périple montagnard, nous parcourons la région de la laguna Quilotoa, l'une des zones andines les plus sauvages d'Équateur. Les paysages sont carrément splendides. On serpente à travers les montagnes couvertes d'un patchwork de cultures. Cette superbe mosaïque témoigne aussi de l'ingéniosité dont font preuve les Indiens pour s'adapter au relief chaotique qui les entoure. Au fil de notre montée sur les plateaux, nous savourons de superbes vues sur les volcans Chimborazo, le Cotopaxi et les Illinizas.

Chevaux sauvages au pied du Volcan Cotopaxi

Un grand moment du voyage fut notre ascension jusqu'aux neiges éternelles du Cotopaxi, volcan actif le plus haut du monde à 5897 mètres d'altitude, afin d'aller à la rencontre des derniers chevaux sauvages de l'Équateur. De premier abord, difficile d'approche, la patience paie grâce à cette force sereine que Chico dégage auprès de ces congénères d'un autre âge. Après deux heures émouvantes passées ensemble, l'étalon décide que la rencontre n'a que trop duré, il regroupe juments et poulains, puis tous partirent d'un même élan dans un galop sourd rappelant étrangement le réveil du volcan. Ce volcan Cotopaxi où nous observons les extrêmes de la nature animale : les condors planant au-dessus des colibris, les rats marsupiaux et les lapins se promenant sur les traces de loup, les cerfs fuyant probablement certaines odeurs de pumas.

Niveau flore, le pàramo, formation végétale d'altitude, domine le paysage. La Quinoa, plante sacrée des Incas, pousse ici en abondance : sa richesse en protéines en fait un élément important de l'alimentation des populations locales.

Au Nord-Est de la capitale Quito, dans une vaste vallée, nous traversons la petite ville Cayambe dominée par le sommet enneigé du volcan du même nom, qui n'est pas sans me rappeler au bon souvenir encore frais de mon précédent cheval, Cayambe. Dans les environs, nous ralentissons la cadence, je sais que la suite du programme sera la traversée plutôt difficile de la région amazonienne du Napo, et nous profitons donc de quelques haltes bien méritées dans les haciendas environnantes élevant essentiellement vaches et… truites. Les cultures de fleurs prennent de l'expansion dans cette partie du pays, ce sont surtout des oeillets et des roses provenant de plants importés de France et d'Israël. Près de 85% de la production est exportée. Les gourmands qui passeront par là un jour, seront contents de découvrir une autre spécialité de Cayambe, les bizcochos (Chico en raffole) délicieux gâteaux que je grignote avec le queso de hojas, fromage de brebis semblable à la mozzarella : un péché mignon à déguster à cheval !

Le passage de l'Équateur

Enfin c'est le passage de la ligne équinoxiale à mi-pôle du globe où nous avons vécu une expérience incroyable… À tomber de cheval ! Probablement saviez-vous déjà que l'écoulement de l'eau par le siphon d'un lavabo coule différemment selon qu'elle se trouve dans l'hémisphère Nord, Sud ou sur la ligne exacte de l'Équateur ? Dans l'hémisphère Sud, elle effectue un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d'une montre. Dans l'hémisphère Nord, l'eau tourne clairement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre mais, si le lavabo se trouve juste au dessus de la ligne d'Équateur, l'eau s'écoule verticalement sans effectuer le moindre mouvement de giration. Et bien, alors que je chevauche Chico sur un chemin menant à une hacienda, il se met à tituber franchement, comme saoul, sur plusieurs mètres sans que je puisse nullement le contrôler, il est prêt à s'affaler de tout son long. Je saute, affolé, de mon destrier abasourdi, passant d'instinct en revue ce qu'il a pu ingérer comme plante toxique ces dernières heures. Je l'oblige à marcher doucement hors du chemin sous l'ombre d'un bosquet, doutant pourtant d'une insolation éventuelle. Alors que je lui frictionne énergiquement l'estomac, il retrouve rapidement ses esprits. Je décide immédiatement une halte à cette hacienda providentielle où le propriétaire rassurant m'explique aussitôt le phénomène étrange de son chemin rectiligne. En fait, le chemin suit exactement la Mitad del Mondo ou le Milieu du Monde qui n'est autre que la définition même de la ligne d'Équateur qui divise le globe terrestre en deux hémisphères. Suivant où l'on se trouve, le comportement de certaines forces physiques qui nous entourent est bien différent : c'est la force de Coriolis, encore une découverte de l'un des mystères de Dame Nature.

Le lendemain matin, nous n'avons pas d'autre alternative que de repasser par ce chemin de latitude magnétique zéro. Au centre du chemin, il titube de nouveau, sans danger pour lui, attiré au Nord comme au Sud. Je le fais donc marcher sur les bas-côtés à droite et à gauche du chemin, ce qui n'a aucun effet sur son comportement.

La force de Coriolis, qui influence également le sens de circulation de l'air sur la surface du globe, est nulle au niveau de l'Équateur. Cela a pour conséquence l'absence de toute tempête de type typhon, ouragan ou cyclone au niveau du pays. L'annulation des forces contraires provenant des hémisphères Nord et Sud au niveau de la ligne d'Équateur est bien illustrée par le fait que mon cheval possède beaucoup moins de force s'il se tient sur le chemin dont l'axe est la ligne d'équateur ou s'il se trouve sous le bosquet d'arbres d'à côté où je l'ai entraîné la première fois.

Après le suivi approximatif de la direction Ambato-Machachi-Cotopaxi , j'aurais dû continuer tranquillement la direction de Quito-Otavalo-Ibarra pour passer Ipales à la frontière colombienne mais j'ai promis à cet ami Zambo d'amener Chico à bon port, je veux dire à bonne écurie, en passant par El Dorado de Cascales plus à l'Est du pays dans la région Napo-Sucumbios, c'est-à-dire en pleine forêt amazonienne pour terminer enfin dans un petit village perdu en Colombie.

Belle aventure avec un tapir dans la selva équatorienne

La Selva (forêt) amazonienne a beaucoup d'ombres, la plupart du temps, le soleil s'arrête à 40 mètres au-dessus de nos têtes. Donc, très peu de sous-bois : Tout pourri vite, laissant les chemins propres. Il n'est pas si difficile de pénétrer dans la jungle, le tout est de se repérer et d'en sortir ! La piste est marquée d'indices ténus que les Indiens m'apprennent à reconnaître. Ils évitent eux-mêmes de traverser la Selva qu'ils jugent inhospitalière, ils vivent plutôt au bord des fleuves. Il est sûr que cette forêt est l'un des plus riches écosystèmes au monde et l'on ne se prive du plaisir de découvertes insoupçonnables. Nous sommes vraiment surpris par le nombre de bestioles qui nous empoisonnent la vie. Ne jamais s'appuyer, s'asseoir ou mettre la main sans regarder : le palmier Chonta a des couronnes d'épines tous les 30 centimètres. Des insectes redoutables sont dissimulés dans un tronc d'arbre mort sur lequel je m'assieds, telle la fourmi guerrière, la Conga, bestiole de 2 cm de long qui m'aura provoqué une journée de fièvre intense. Les énormes araignées ne sont pas mortelles, jurent les Indiens. J'en ai vu un ramasser une grosse velueà deux mains et la remettre délicatement sur une branche en m'expliquant que si je l'avais écrasé, elle aurait eu le temps de me projeter ses poils urticants ! Le plus gros mammifère que nous avons rencontré est un tapir endormi, qui s'est mis en rogne lorsque j'ai approché mon joli petit nez pour le saluer.

Durant deux jours de repos, nous avons eu le temps d'apprécier pleinement la visite d'un petit singe à la queue préhensible. Mais que ce soit ocelots, paresseux, tatous ou fourmiliers, tous se faufilent au moindre bruit sous l'air toujours débonnaire d'un Chico contaminé par le flegme particulier des Indiens Zambo.

Un matin, je découvre Ma petite Truite couverte de minuscules coupures aux endroits fragiles voire intimes de son corps. Je comprends de suite ce que de trop célèbres Indiens Shuar-Jivaro, réducteurs de têtes, ont tenté de m'expliquer une semaine auparavant dans leur dialecte claquant : de minuscules chauve-souris vampires ont choisi Chico comme festin cette nuit-là, mais pourquoi donc celui-ci ne s'est pas manifesté énergiquement lorsque ces suceuses de sang ont jeté leur dévolu sur lui ? Mystère !

Les serpents volants

Quelques jours plus tard alors que nous avançons lentement, écoutant les craquements suspects venant de hautes branches, un petit amas de chair sanguinolent tombe avec force juste à côté de nous, au pied d'un arbre ! Regardant de plus près, je m'aperçois que c'est un serpent complètement déchiqueté. Pensant qu'un rapace l'a abandonné en plein vol, ne le trouvant pas à son goût, je m'en désintéresse. Mais qu'elle ne fut pas notre surprise de voir aussitôt voler au-dessus de nos têtes toute une famille de serpents. Oui, je dis bien des serpents volants ou plus exactement planants. En effet, cette sorte de serpent arboricoles a vraiment une technique de déplacement particulière de saut plané. Lorsqu'il se trouve sur une branche, il se suspend à elle par son extrémité distale, positionne son corps en forme de "J", la tête en bas, puis s'élance en se redressant brusquement. Il plane alors tout en continuant à effectuer des ondulations latérales, ayant aplati ses côtes, ce qui lui donne un aspect incurvé et augmente ainsi sa portance dans l'air; sa tête et son corps restent toujours parallèles au sol. Il peut alors atterrir ou se raccrocher à un arbre plus ou moins brutalement. Le cadavre gisant à nos pieds était bien un serpent s'étant écrasé contre le haut de l'arbre. Normalement la chute planée prend un angle d'environ 45° et la réception se fait sans dommage pour l'animal.

Cavalier équatorien prêt pour une course sans pitié au sein de son hacienda

Dans cette partie reculée amazonienne, j'évite de photographier les quelques Indiens quasi-nus que nous rencontrons. D'une part, par respect, ensuite car certains d'entre eux pensent toujours qu'on peut ainsi leur voler leur âme. Photographier peut être interprété comme une insulte par mes hôtes. Qui plus est, je ne tiens vraiment pas à me faire réduire d'une tête suivant leur recette, c'est à dire : coupez le cou, passez une ficelle par l'oesophage, désossez le crâne avec soin, faites bouillir un petit quart d'heure après l’avoir empli de sable et ourlé d'une herbe flexible, séchez le tout 3 à 4 jours, enfin retendez les traits, maquillez et recoiffez. Ragoûtant, non !

Nous terminons notre aventure en passant la frontière colombienne, sans nous en apercevoir, pour arriver dans le village où le nouveau propriétaire de Chico nous attend depuis une semaine. Les Indiens ont l'air paniqué de me voir. Au premier abord, je crois les impressionner. Mais je comprends d'après leur dialecte qu'ils ont peur que je sois pris en otage, surtout lorsqu'ils me parlent de FARC. Comme je n'ai pas envie de passer les mêmes longues vacances que Íngrid Betancourt, je décide de repartir aussitôt. Je caresse une dernière fois ma petite Truite, mon Chico, que je pense laisser entre de bonnes mains. Je retourne à Quito en Équateur d'où je m'envole pour une autre destination qui sera la cerise sur mon gâteau Sud-Américain, les Iles Galapagos à cheval.

Août 2008. D'après un courriel du 17 décembre 2008.

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