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Petit traité sur l'immensité du monde par Sylvain Tesson. Précis de désobéissance naturaliste, philosophie de poche buissonnière, récit romantique contre l'ordre établi.

Thierry Posty, cavalier réalisé

Par Stéphane Bigo, cavalier au long cours

Thierry Posty
Thierry monte Missoury. Nanuq, sa chienne malamute les accompagne en Pologne.
Photo Thierry Posty

Thierry Posty est né le 8 septembre 1957. En France, il a vécu principalement dans le Jura où il était psychologue et psychothérapeute, mais « chez lui, c’était ailleurs, partout où il y avait à voir ou à découvrir » (Patrick Lamy, journaliste). A l’étranger on l’appelait le « French Rider » ou « El jinete trotamundo », parfois aussi le « French troubadour » car il jouait de l’harmonica et de la guitare et écoutait volontiers de la musique en chevauchant.

Il est mort le 31 juillet 2010 « les pieds dans les bottes », en plein voyage, d’une crise cardiaque semble-t-il. Trois jours avant son décès, il nous envoyait de Pologne un courriel intitulé « Liberté vers l’Est » dans lequel il joignait les photos d’un bonheur absolu avec son cheval Missoury et son chien Nanuk. Il écrivait aussi : « JE DEDIE CE VOYAGE SYMBIOTIQUE A CHIEF, CE FANTASTIQUE ETALON PAINT AVEC QUI J AI PARCOURU LA REPUBLIQUE DOMINICAINE IL Y A 2 ANS ET...QUI VIENT DE MOURIR D APRES ANGEL,SON PROPRIETAIRE, D UNE CRISE CARDIAQUE ».

Chief, un étalon exceptionnel – photo Thierry Posty

« Chief », c’était l’étalon immontable enfermé à longueur de journée. « Prends-le… si tu peux le monter ! » lui avait dit Angel. Thierry s’enthousiasme : « Voilà un vrai challenge, moteur de mes actes, qui me fait bouger et chevaucher autour du monde, en quête de projets toujours plus grandioses. » Le psychologue découvre très vite que ce cheval ne supporte pas le mors. Il l’apprivoise en le montant en Hackamore et en dormant chaque nuit dans son box. Lorsqu’il part quelques jours plus tard, il exulte : « Je fonce à nouveau dans l'existence que je me suis choisie : une vie d'aventurier à cheval » et constate « Il existe une similitude entre la conquête d'un étalon et l'aventure : elle ne se donne pas, il faut aller la chercher, s'acharner, lutter parfois avec une nature très hostile, accomplir de terribles efforts jusqu'à ses dernières ressources, pour enfin la conquérir ! »

Le résultat dépasse ses espérances : « La symbiose avec Chief est totale au bout de quelques semaines. Toutes les nuits, il se couche à côté de ma tente et au moindre bruit se relève scrutant la pénombre comme s'il me gardait. »

Cette notion de « symbiose », comme celle de gardien, revient régulièrement dans ses carnets de route : « La symbiose avec Joey [sa monture en Nouvelle Zélande, NDLA] fut totale (comme elle l’était avec the black mon étalon en Afrique du Sud). Cette jument a été véritablement mon garde du corps. Au bout de 2 mois, personne ne pouvait m’approcher (homme, chien ou autre) de trop près sans qu’elle ne vienne automatiquement s’interposer entre nous. »

Grâce à ses chevaux et à son goût du risque, il va dans les endroits les plus reculés de la planète — « J'emmène ma jument Jamaïca dans un environnement sublime aux confins de l'inaccessible » (Cockpit Country en Jamaïque) — « Cette Patagonie et ses immenses étendues, constitue mon sommet de l'évasion. » — « Je n'arrive pas ici sur un simple archipel mais sur une planète inconnue, échouée dans l'univers aqueux, merveilleuse désolation volcanique aux couleurs mystérieuses. » (Ile Isabela dans les Galapagos).

En Crête, Thierry monte Zeus – photo Thierry Posty 03/05/10

Il vit également des aventures hors du commun. Telle cette rencontre avec un puma au fond d’un canyon en Patagonie chilienne : « L'animal descendit lentement de son piédestal de pierre ne cessant de nous fixer de ses yeux verts exorbités d'envie… Rivé au fond de ma selle, je demandai à mon cheval un reculer tout en douceur, il acquiesça fébrilement comme hypnotisé par le regard du tueur. Le puma n'était plus qu'à quelques mètres de nous, puis se tapit à nouveau. Cette fois, je le devinais prêt à bondir, j'empoignai la corne de ma selle de la main gauche car je m'attendais à une volte-face de mon cheval. Et bien non ! Quelle ne fut pas ma surprise de voir Pablo ronfler toutes narines dehors, piaffant en avançant et reculant sans cesse. Ses fausses attaques stupéfièrent le fauve. Je n'étais plus qu'une marionnette dont le cheval bougeait les ficelles ! La réaction de la bête fut tout aussi surprenante, il se mit à reculer en rampant devant mon monstre en sueur, non de frayeur mais de colère… Au bout d'une dizaine de mètres, il se retourna et remonta dans sa grotte. »

Mais pour Thierry, le cheval n’est pas seulement un compagnon de route ou un moyen privilégié de se plonger dans la nature, « [il] confère ce privilège de rendre le dialogue naturel avec les autres. »

Le voyage à cheval en solitaire isole le cavalier du monde des hommes pour l’immerger dans le décor grandiose de la nature mais aussi ses rigueurs : vent, pluie, froid, canicule, moustiques et insectes divers, faim, soif, solitude. Il est certain qu’à l’étape, il est friand de contact humain. Le cheval comble ce manque : il supprime les barrières, suscite la curiosité et permet au cavalier de garder sa noblesse : il ne demande rien pour lui, tout pour l’animal. Ainsi, l’échange va de soi, sans appréhension ni préjugés, et le cavalier découvre, étonné, qu’à l’autre bout du monde, il a un ami, un frère, une mère, une famille, bref, une chaleur humaine doublé d’une considération qu’il ne rencontre pas toujours chez lui. « Yeah man, respect ! » lui lançait-on en Jamaïque, pourtant l’un des pays les moins « sécures » qu’il ait traversé avec l’Afrique du sud.

A ce propos, il confie : « Les coutumes de ce pays (l’Afrique du sud, NDLA) au taux de criminalité le plus élevé du monde, m’ont fortement surpris et ont développé mon sixième sens, mon instinct de survie. L’ambiance d’insécurité constante m’a forcé à faire fi de mes angoisses et faiblesses, à développer mes talents de diplomates face à des situations où le risque d’agression était omniprésent. »

En Crête, Thierry, Zeus et des enfants – photo Thierry Posty 03/05/10

Ces talents lui ont également servi en Jamaïque où par deux fois, il se fait attaquer : « À peine une demi-heure plus tard, chevauchant sur un petit sentier, une douzaine d'individus machette en main bondit autour de moi. Deux des leurs, fort menaçants, m'accusent d'être un agent de la brigade anti-drogue ayant contacté les autorités de l'hélicoptère qui ont incendié par pulvérisation leur champ de marijuana. Je pose la main sur la poignée de ma machette, rétorque d'une assurance simulée qu'il serait suicidaire qu'un policier voyage seul à cheval dans ces contrées, et avant que l'on ne se transforme en steak, je peux prouver par un article de presse que je ne suis qu'un français qui réalise son rêve de parcourir le monde à cheval. Le premier semble lire silencieusement l'article, je commence à me décontracter un peu mais me raidis aussitôt lorsque relevant la tête, il harangue que je suis certainement un policier. Avant que je n'ai eu le temps de réagir, l'autre homme lui arrache le journal des mains et lui dit : "Donne-moi ça. Tu ne sais même pas lire !" Une fois la lecture faite, il rassure de suite la bande, déclarant qu'il me laisse partir. »

Mais ce que Thierry retient, ce sont ses étapes conviviales « occasions d’échanges fraternels où mes talents de musiciens contribuaient à des soirées gravées dans mes souvenirs. » En retour, tel un chevalier moderne (Thierry la fronde était l’un de ses héros), il brandit l’étendard de la défense du faible et de l’opprimé. En Afrique du sud, il se mobilise contre la dramatique explosion du sida. En Equateur, il prend fait et causes pour les enfants esclaves. Au Canada, ce sont les conditions de vie précaires des indiens dans les réserves qui attirent son attention… Il agit par des études sur place et des interventions ou des rapports qu’il envoie aux autorités concernées.

Il n’est pas exempt de doutes métaphysiques. A-t-il le droit de s’extraire du système sociétal dans lequel il vit pour « se faire plaisir » et courir le monde « en égoïste » ? D’autant plus qu’il est père d’une fille (maintenant majeure). La première fois que je l’ai rencontré, nous avons beaucoup discuté de cette question qui se pose à tout aventurier. Je lui ai donné mon avis : les voies de la Providence sont impénétrables mais l’important est de se réaliser car seule cette réalisation nous permet d’apporter notre pierre à l’univers. Et on ne peut se réaliser sans accord avec sa nature profonde, sans harmonie avec soi-même. A priori, on ne sait jamais si nos choix sont bons ou non. Ce n’est qu’après coup, bien des années plus tard, en se retournant vers notre vécu et en constatant ses effets que nous pouvons avoir une (petite) idée de la réponse. « Que ferais-je si c’était à refaire ? »

Je pense qu’un déclic s’est produit dans la vie de Thierry. Peut-être l’un des évènements qui a contribué à cette mutation fut le thème du « retour de voyage » qu’il a animé lors un forum des cavaliers au long cours. Ce jour-là il a « vidé son sac » et nous avons eu le sentiment qu’avait eu lieu la grande confrontation avec lui-même. Toujours est-il que ses doutes disparaissent avec son périple en Afrique du Sud (il a 48 ans). Depuis, il enchaîne les voyages coup sur coup. L’homme torturé et mal dans sa peau que j’avais connu est devenu un être réalisé assumant pleinement ce qu’il était : une force de la nature, concentré d’énergie et d’aspirations qui ne trouvaient leur apaisement qu’en parcourant le vaste monde.

La liberté, antithèse de l’habitude « le plus insidieux des poisons », devient pour lui synonyme de défis, ceux qu’il se lance en permanence car « il est important de se réaliser ». Aux Galapagos, il constate : « Monsieur Destin me sourit encore et toujours, si je le rencontre un jour en personne, je le saluerai respectueusement. » En Patagonie, il écrit : « En voyageant à cheval, je suis dans l’œil du cyclone, j’aime la vie à un degré extraordinaire. »

« Yeah Man. Respect ! »

Itinéraires de son aventure

(Sources, les articles parus sur lui dans les divers pays qu’il a traversés et ses propres carnets de route)

20 ans : La France
24 ans : L’Europe
30 ans : Canada, Alaska
34 ans : Australie, Maroc, Tunisie
38 ans : Mongolie
41 ans : Amérique du Sud : Argentine, Bolivie, Pérou, Amazonie
48 ans : Afrique du sud
49 - 50 ans : Nlle Zélande, Nlle Calédonie, Fidji, Japon où il fête ses 50 ans et ses 50.000 km parcourus sur 5 continents.
51 ans : Amérique du Sud : Chili, Patagonie, Argentine, Equateur, incursion en Colombie, Galapagos, Jamaïque, République Dominicaine
52 ans : Vietnam : Laos et Cambodge en descendant le Mékong, Islande, Irlande, Egypte, Grèce (Crête et Macédoine), Pologne…
Soit plus de 70.000 km parcourus !

Comment trouvait-il ses chevaux ? En se faisant interviewer par un journal local dans lequel il racontait ses voyages antérieurs, annonçait qu’il cherchait un cheval et laissait le numéro du portable qu’il venait d’acheter.

Comment vivait-il ? « De retour des îles Galapagos, je travaillerai quelques mois comme psychologue dans la Maison d'Enfants à caractère social où je pratique depuis 20 ans, métier que j'aime toujours autant. » Il refusait les sponsors.

Thierry Posty, le cavalier du tour du monde, nous envoyait régulièrement de belles photos très parlantes ainsi que de trop rares carnets de route.

Il n’a malheureusement jamais écrit de récits sur ses voyages. Son rêve était de publier un album de photos commenté « à caractère humoristique, avait-il précisé ! »

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