Coup de cœur

Livre : L'équitation de légèreté par l'éthologie par Stéphane Bigo

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Laurence par chevaux

Par monts…

Laurence Bougault, par monts et par chevaux.

et par chevaux.

Par monts et par vaux, juillet-août 2000

Le 14 juillet 2000, je repars, cette fois-ci avec deux chevaux et deux chiens. Il pleut et la température est plus que fraîche. Eymour est sous la selle et Waranda porte le bât. Nous quittons Lignières dans le calme mais je m'attends à quelques problèmes les trois premiers jours, Waranda débutant dans l'exercice de la randonnée. Ca ne manque pas d'arriver le lendemain matin. Après une nuit calme, la belle farouche ne trouve rien de mieux que de sauter à pieds joints dans une clôture en barbelés et se blesse assez profondément à l'intérieur de la cuisse. Rien de très grave cependant. Après ce rodage nécessaire, tout devrait bien se passer... Le Boischaut ne présente pas de difficultés majeures. Le seul inconvénient : beaucoup de parties du GR sont goudronnées et il est parfois difficile de trouver une épicerie dans les villages qui sont rien moins que touristiques !! Vers le 19 juillet, nous abordons enfin les contreforts du massif central. Si ce voyage est plus compliqué, parce qu'il faut trouver le gîte et le couvert pour quatre animaux, je me sens pourtant tout à fait sereine, comme je ne l'ai peut-être encore jamais été. Les petits accidents de parcours, les rencontres bonnes ou mauvaises ont lieu sans changer mon humeur.

De bon matin, il faut nourrir les troupes, ranger le camp, soigner, seller, bâter. La journée commence par un peu de marche pour s'échauffer. On regarde autour de soi, on savoure cette conscience aiguë de l'espace : à l'Est le soleil, et tout s'oriente. On monte en selle pour retrouver cette danse que procure le pas des chevaux, on gagne en hauteur comme dans un élan immobile. C'est parti pour sept heures... Au hasard des villages, il faut trouver de quoi manger, penser à racheter du grain pour les chevaux, des croquettes et autres boîtes pour les chiens, quelques bricoles pour la cavalière. Il pleut souvent et il faut savoir s'organiser pour garder à portée de main les pulls et le K-way. Tout au long de la route, on reste attentif aux points d'eau : une mare ici, un bac pour les vaches dans un pré vide, une rivière. En fin de soirée, lorsqu'on songe à dresser le camp pour la nuit, on regarde l'herbe comme un nomade qui pousse son troupeau vers les meilleurs pâturages. Un pré vide qui regorge de petit trèfle, un joli carré d'herbe verte avec un ruisseau au milieu. Vite, il va pleuvoir de nouveau... On jongle avec le temps, avec la terre, on retrouve l'instinct d'un autre âge. Ainsi, chaque jour, dans le souci des bêtes, je parcours entre trente et cinquante kilomètres.

Ma solitude est peuplée de rencontres de quelques minutes ou de plusieurs heures. Je découvre des hommes et des femmes aux yeux pleins de curiosité, de méfiance ou de joie. Beaucoup me demandent si je n'ai pas peur. Mais non, je n'ai pas eu peur, car la nature d'ici n'est pas inhospitalière. Elle est faite de prés verts, de troupeaux et d'une faune sauvage aussi inoffensive que splendide : un chevreuil au détour d'un chemin, une buse variable qui chasse haut dans le ciel, des lapins qui gambadent pour amuser les chiens le matin, des geais qui font du raffut dans la futaie, des bouvreuils et de merveilleux pics verts qui volent en zigzag. Pas de quoi avoir peur du loup ! D'autres me trouve " bien courageuse ". A quoi je réponds que la passion suffit, même si le soir, après quarante kilomètres de route sous un soleil de plomb ou un crachin glacial, après avoir rangé le matériel, nourri les chiens et les chevaux, monté la tente, on ne traîne pas pour aller dormir.

Je trouve le bon rythme pour maintenir l'équipe en pleine forme, même s'il arrive que les chiens tirent un peu la patte à cause de l'usure des coussinets. Si Chamonix-Menton était une expérience sportive, cette traversée du centre de la France est davantage une expérience humaine et une redécouverte d'un pays sauvage qu'on oublie trop souvent : la France ! Car loin des nationales et des autoroutes, la Creuse ressemble plus qu'on ne pourrait l'imaginer à un monde englouti ou à une terre inconnue. Les villages abandonnés, les forets ravagées par la tempêtes, les lignes téléphoniques qui n'ont pas été réparées, la rareté des commerces, la rareté des fermes liées à la concentration des terres, l'absence de touristes autant que d'habitants, tout cela donne à cette partie du monde un air sauvage et l'on ne s'étonne pas de voir courir le gibier au petit matin ou d'être réveillé par un sanglier qui passe tout près de la tente.

Cette dernière expérience, très différente des précédentes, me donne finalement le sentiment que je suis prête psychologiquement à conduire une équipe.

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