Coup de cœur

Livre : L'équitation de légèreté par l'éthologie par Stéphane Bigo

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À cheval en Vanoise

En Vanoise, sur le chemin du curé, passé le col du Bonhomme, une belle paroi trop basse pour que je reste à cheval !

Texte et photos © Laurence Bougault Tous droits réservés.

L'itinéraire

Itinéraire de Chamonix à Menton

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Livre : L'équitation naturelle, Pricipes et exercices pratiques par Olivier Rabouan

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Laurence Bougault, Chamonix-Menton (juillet-août 1999)

En Vanoise, le col du Palet 2652 mètres

Dans le cadre de la préparation du voyage, j'ai décidé d'entreprendre la grande traversée des Alpes, avec Eymour et Saxo. J'ai choisi cet itinéraire pour plusieurs raisons. Accessoirement, j'étais originaire de Chamonix, essentiellement, affronter les pentes des Alpes, en suivant plus ou moins le GR5, me donnait l'occasion d'évaluer les qualités de cœur et d'endurance de mon cheval ainsi que mes propres aptitudes physiques.

Avant de partir, j'avais essuyé toutes sortes de remarques et de doutes, les uns provenant de moi-même, les autres, émanant de mon entourage et des gens de cheval que j'ai pu croiser. Les principales tenaient premièrement à mon cheval : un Pur-Sang, a priori plus apte à la vitesse sur terrain plat qu'à la randonnée en montagne, et qui plus est, un très jeune Pur-Sang, de quatre ans seulement, ce qui, pour un cheval, représente à peine l'adolescence. Rien ne le désignait donc à gravir les sommets caillouteux des Alpes françaises. Deuxièmement, l'itinéraire posait lui aussi problème. Un maître randonneur me mit sévèrement en garde : "l'année dernière, j'ai perdu un cheval à cause d'un coup de sang. L'altitude, c'est redoutable pour le cœur des chevaux. Il y a des coins où tu ne passeras pas : les dévers, sur le GR5, c'est pas pour les chevaux. Même les mules ont du mal dans des coins pareils. Enfin, bonne chance." D'autres auraient peut-être renoncé mais la première réflexion qui me vient à l'esprit est la suivante : si nous ne sommes pas capables de faire cinq cents kilomètres de montagne, inutile d'espérer traverser le continent africain. Et puis, j'ai quelques atouts : je connais bien les chevaux, en particulier le mien. Je connais bien les Alpes, pour les avoir en partie arpentées à pieds. Je peux estimer l'effort à fournir pour gravir une pente, ayant moi-même sué sous un sac à dos. J'ai tout mon temps et je ne vise pas l'exploit. Si je réussis, Eymour aura acquis une solide musculature, qui lui sera utile en toute occasion. Moi, j'aurai été confrontée à des problèmes concrets de matériel et je saurai ce qui peut-être conservé et ce qui doit être amélioré.

Le 20 juillet. Après neuf mois de préparation physique, nous quittons enfin les sentiers rebattus, dans une impatience gaie. Mon matériel se compose d'une selle d'arme anglaise d'une centaine d'années, celle que j'avais utilisée en Mongolie, de deux petits sacs à dos qui servent de sacoches, de deux fontes en nylon, d'un filet, d'un licol et d'une longe, d'une corde de douze mètres pour attacher Eymour le soir dans les pâturages. Pour dormir, un bon duvet et un sursac. Pour manger un petit réchaud, et le minimum régime, du grain pour Eymour. Un T-Shirt de rechange et des chaussettes. Guère plus. Ce presque rien pèse malgré tout une trentaine de kilos. Eymour en porte donc quatre-vint cinq au total.

Après quelques mises au point et quelques farces d'Eymour, qui, fidèle à la farouche nature du Pur-Sang, commence par tester les conditions du voyage, nous nous installons dans un rythme assez régulier où les longues ascensions alternent avec les interminables descentes. Je marche assez souvent à côté du cheval aux abords des cols les plus ardus et en descente, car c'est là que les jarrets du cheval travaillent le plus.

Au fil des jours, je prends le rythme du voyage. Saxo sert de guide à Eymour, qui entretient avec son chien une formidable relation de confiance. Moi, je profite de cette lenteur qui va au-devant de l'horizon, sans vraiment se soucier du but. A quelques mètres des hommes, je suis pourtant à l'écart, dans une marge tranquille. Il existe une douceur très spéciale à vivre ainsi près des bêtes, à dormir sous les étoiles, au milieu des fleurs alpines, quelquefois parmi les lucioles, à observer les moindres variations de ce paysage sublime, tantôt zébré de neiges éternelles, tantôt parfumé de thym et de sarriette. De temps à autre, une marmotte effraie Eymour ou amuse Saxo, en détalant devant nous. Dans le Mercantour, nous croisons des Chamois qui bondissent à quelques mètres de nous, se moquant du chien éberlué.

Parfois, dans la journée, je dois m'arrêter pour faire les courses, attachant chien et cheval à un poteau, comme au Far West. Je me paie même un Mac drive, à Briançon, histoire d'amuser les badauds !

Certaines étapes sont quand même plus rudes que les autres. Dans le parc national de la Vanoise, mon poulain se blesse en franchissant un passage de pierres particulièrement glissantes. A Saint-Paul, je m'aperçois qu'Eymour à un abcès à la sangle. Malgré toutes les précautions que l'on peut prendre, les sept heures de route quotidiennes laissent des traces. Un autre jour, Eymour saigne du nez. Cette fois, je crains le coup de sang. Nous nous arrêtons près d'un abreuvoir. Il reprend son souffle. Je repars plus doucement, les yeux fixés sur ses naseaux. Plus rien. L'angoisse persiste jusqu'à la nuit.

Mais le plus violent souvenir de ce raid sera quand même la redescente sur Saint-Martin de Vésubie. Après avoir franchi le col de Saint-Martin par un chemin effondré qui se termine en plein éboulis, la carte nous induit en erreur et nous quittons accidentellement le GR pour nous retrouver sur un chemin extrêmement dangereux : des arbres en travers nous obligent à de périlleux détours, les marches de pierre glissantes de plus d'un mètre de haut, la raideur de la pente transforment la fin de l'étape en cauchemar. Je lâche Eymour, je place Saxo en tête et je me case où je peux pour ne pas gêner mon cheval. S'il ne se rompt pas un membre, je pourrai sûrement en faire un vrai cheval de voyage... Il se débrouille comme un brave. Une mule n'aurait pas mieux fait. L'effort est considérable. En arrivant au village nous sommes en nage. Eymour vacille sur ses jarrets qui ressemblent à du caoutchouc mou. Nous sommes épuisés mais vivants.

Côté matériel, je vais bientôt m'apercevoir que ma vieille selle ne remplit plus sa mission. Quant à mon sursac, il était étanche ! Je retrouve donc l'instinct de débrouille et je cherche des abris de fortune : une table de jardin, un échafaudage, ou, grand luxe, une grange pleine de foin... Plus tard, je comprendrai aussi l'importance des harnachements dans des terrains aussi abrupts que ceux-là.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron…

L'expérience que constitue pour moi cette traversée des Alpes est immense, à la mesure des difficultés rencontrées. La traversée a duré d'Argentière à Menton 21 jours au total (18 de marche et 3 de repos), pendant lesquels nous auront gravi 13700 m de dénivelée positive et dégringolé 14700 m de dénivelée négative, avec des journées atteignant 2900 m de dénivelée cumulée. Si Menton était à l'altitude zéro, le col de l'Iseran et les abords du col de Restefond dépassait les 2750 m d'altitude. J'ai beaucoup appris sur la gestion de l'effort des chevaux. Si les étapes n'étaient pas très longues : 30 à 40 kilomètres par jour en moyenne (ce qui est peu par rapport à d'autres raids équestres), si cette dénivelée représente peu de choses pour un être humain ou un chien bien entraînés, c'est beaucoup pour un cheval chargé auquel on préfère généralement les mules pour ce type d'expédition. Pourtant, mon Pur Sang s'est montré à la hauteur de sa mission. Il avait un peu maigri à cause de la légèreté imposée du bagage mais il a récupéré rapidement son poids par la suite, et je pense qu'avec un cheval de bât je pourrais maintenir les troupes en excellente condition, d'autant plus facilement que le terrain sera moins difficile. Je suis satisfaite aussi d'avoir pu tester mon sens de la débrouille en ne préparant pas mes étapes à l'avance. Je pense qu'une bonne partie de mon stress disparaîtra avec l'expérience : apprendre à mesurer la gravité d'une blessure et surtout apprendre à l'éviter. Cette année, je mettrai l'accent sur le harnachement.

Malgré ces difficultés pratiques, il reste que le voyage avec les bêtes est une expérience extraordinaire qui n'est comparable à rien d'autre. Il procure le sentiment d'une liberté difficile mais sublime et donne un sens des valeurs qu'on apprend guère aujourd'hui dans les pays civilisés. Il offre le moyen de retrouver des rythmes primitifs fondés sur l'alternance des jours et des nuits, des rythmes qui paraîtront sans doute trop lents aux hommes pressés des métropoles mais qui, pour moi, ressemblent au bonheur même.

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03 février 2006 — World Trail Rides © 2000-2017

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