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Paris-Moscou à cheval, 3333 kilomètres en 75 jours

Jean-Louis Gouraud sur la Place Rouge le 14 juillet 1990
Jean-Louis Gouraud arrivant sur la Place Rouge à Moscou le 14 juillet 1990, monté sur Prince de la Meuse et tenant Robin en main.

Cinq années d'efforts récompensés ! Après cinq ans de démarches, Moscou m'a enfin donné son feu vert: je pourrai pénétrer à cheval en URSS ! C'est la première fois que cette autorisation est accordée à un Occidental depuis la Révolution d'Octobre !

Par Jean-Louis Gouraud

Mars 90

La Fédération Soviétique des Sports Équestres m'a écrit: "Soyez à la frontière de Brest (Litovsk) le 23 juin. Avant midi"!

Il me faut vite partir, vite trouver des chevaux. Je tiens absolument à faire le voyage avec des Trotteurs Français. Ce sont des grands chevaux rapides. Ils ont du sang mais sont restés encore assez rustiques. Un ami, le Colonel de Faucompret, me conseille de m'adresser au père Lefèvre, à Falaise, qui dispose d'un "stock" permanent de sept cents chevaux. C'est chez lui, en effet, que je trouve un de mes deux coéquipiers, Robin. (Je trouve l'autre, Prince, chez un loueur de chevaux de chasse). Alfred Lefèvre, hélas, s'éteindra le 6 juin. Plus d'un mois avant mon arrivée a Moscou (le 14 juillet). Il n'a donc pas su que "son" cheval avait tenu ses promesses.

Avril 90

Robin (7 ans) vient de Normandie. Prince (9 ans) arrive d'Anjou. Ils font connaissance dans mes écuries le 9 avril. Ils s'entendent bien. C'est préférable, car il va falloir qu'ils passent plusieurs mois ensemble. Je commence l'entraînement : mise en muscle, mise en souffle. La ration augmente progressivement, jusqu'à vingt litres par jour et par cheval. Toute la difficulté est d'entraîner sans fatiguer : nous couvrons vingt-cinq kilomètres par jour, soit environ la moitié de ce qu'il faudra parcourir quotidiennement quand nous partirons pour le bon. Je monte alternativement Prince (Robin tenu en main) et Robin (Prince tenu en main), un jour sur deux. Ils s'y font très vite. Après dix jours, ça fonctionne sans trop de problème, au pas, au trot et au galop.

Trois jours avant le départ, Francois Houdeau, maréchal près de Montargis, vient poser une ferrure magique: elle tiendra, en effet, deux mille cinq cent kilomètres! Neuf petit crampons de tungstène à chaque fer: génial. Je n'aurai besoin d'en changé qu'à Janow, en Pologne, juste avant la frontière avec l'URSS !

1er mai 90

Ferrures neuves, vaccins a jour: on peut enfin partir! Nous quittons les écuries vers huit heures. Il fait très beau. A dix heures, il fait très chaud, et à midi c'est carrément la canicule ! La chaleur ne va plus nous laisser de répit jusqu'à Moscou (sauf un jour ou deux quelque part entre l'Allemagne de l'Est et la Pologne). Ce sera d'ailleurs la principale difficulté du voyage. Parfois même un véritable enfer, comme pour la traversée de la Biélorussie et de la Russie où les immenses forêts humides; les marécages ; les fossés remplis d'eau croupissante donnent, sous le soleil, naissance à des milliards d'insectes piqueurs qui nous harcèlent vingt heures par jour. "Ça vaut quand même mieux que le froid ou la pluie", me disent les gens du coin en guise de consolation.

27 mai 90

Loiret, Yonne, Aube, Haute-Marne, Meuse, Meurthe-et-Moselle: nous changeons de département presque à chaque étape! Première frontière à Unner, non loin de Sarrebruck. Traversée de la Sarre, du Palatinat, de la Hesse, du Bade-Wurtemberg, de la Franconie. Superbe !

Pas trop de problèmes, du moins pas de grand drame. Certes, dans les premiers jours, il y a eu des moments très durs, physiquement et psychologiquement, aussi bien pour les quadrupèdes que pour le bipède. Mais après deux ou trois semaines, ça y est: nous avons tous trois trouvé notre rythme. Le 27 mai au matin, nous passons "à l'est". A Töpen, un (minuscule) poste frontière sépare encore la RFA de la RDA. Pas pour longtemps: dans quelques jours, il sera supprimé, l'Allemagne réunifiée et l'Europe transformée !

Juin 90

Nous franchissons la fameuse ligne Oder-Neisse le 4 juin, à Swiecko. Heureusement, c'est Lundi de Pentecôte, et l'autoroute, que les douaniers nous obligent d'emprunter, est déserte. De l'autre côté de la frontière, un cavalier polonais un peu fou, Jacek Szymanski, m'attend. Il parle français, et va m'aider à traverser, en vingt jours, son merveilleux pays. Un pays rustique mais chaleureux, démuni mais généreux. Un pays où le cheval est encore un animal familier. Mes Trotteurs provoquent parfois, dans des villages, des attroupements admiratifs, des palabres interminables (et d'inévitables beuveries).

Le jour prévu (23 juin), à l'heure prévue (avant midi) je me présente à la frontière soviétique accompagné de mon ami Jacek, qui est prié de ne pas franchir la bande blanche qui matérialise l'entrée en URSS.

Une forte délégation d'officiels, reporters, photographes et cameramen est venue assister à "l'événement". Me voilà en Union Soviétique ! Grosse émotion.

Juillet 90

Brest, Minsk, Smolensk, Moscou : mille kilomètres en ligne droite, droite, droite. Les agglomérations étant parfois distantes de plus de cent kilomètres, il nous faut, certaines nuits, bivouaquer en forêt. Sinon, Kolkhoses et sovkhoses nous font généralement bon accueil. Curieux mélange d'isbas traditionnelles et de constructions modernes, ces coopératives ou fermes d'état disposent d'écuries bien tenues et d'avoine. Les portraits de Lénine et les slogans socialistes omniprésents ne semblent pas déranger le repos et la digestion de mes chevaux.

En traversant la Berezina, je suis surpris de ne pas trouver le fleuve terrifiant que j'imaginais. C'est un paisible ruisseau dans lequel se baignent des enfants joyeux.

Le 14 juillet, à huit heures du matin, je me présente Porte Mojaïsk, celle-là même par laquelle Napoléon est entré dans Moscou. Il y a là cinq superbes cavaliers: c'est un détachement de la Milice (Police) Montée, qui va m'escorter jusque sur la Place Rouge où Prince (que je monte ce jour-là), Robin (qui veut absolument goûter au champagne russe) et moi sommes accueillis en triomphateurs vers onze heures trente.

14 juillet 90

Sous les murailles du Kremlin, on nous couvre de compliments, de fleurs et d'honneurs: des médailles ; des diplômes, et même un certificat du Guinness Book ! Pourtant, je ne pense pas avoir vraiment battu un record (sauf, peut-être, celui de la longévité des ferrures, qu'il faut attribuer à mon maréchal), ni même réalisé un exploit. J'ai simplement prouvé qu'un cavalier médiocre, remonté en chevaux moyens pouvait, sans entraînement ou préparatifs extraordinaires, réaliser au XXème siècle un long voyage à cheval, comme cela se pratiquait d'ailleurs couramment avant l'invention de l'automobile ! Le seul aspect un peu exceptionnel de mon raid est sa vitesse : quarante-cinq kilomètres par jour en moyenne pendant soixante-quinze jours d'affilée. Ce n'est pas mal, en effet. Cette petite performance est due au type d'équitation "à la turkmène" utilisé, et à une chance formidable, qui ne m'a jamais abandonné.

Non, la seule chose dont je sois vraiment fier, c'est d'avoir amené mes chevaux au bout du voyage dans une bonne forme physique et "mentale". Arrivés à Moscou, Prince et Robin semblaient me demander : "Et Pékin, c'est dans quelle direction ?"

15 juillet 90

Le lendemain de notre arrivée sur la Place Rouge est un Dimanche. C'est même un Dimanche tout à fait exceptionnel, puisque se dispute, ce jour-là, sur l'hippodrome de Moscou, la principale course de l'année, le Grand Derby.

Devant les tribunes archi-combles, sous un ciel incertain, on fait défiler mes chevaux en début de réunion. Un speaker explique au populo que Robin (en tête) et Prince sont deux Trotteurs Français qui viennent de faire 3 333 kilomètres. Les applaudissements, les vivats, les bravos fusent de partout. La foule est debout.

C'est l'ovation ! Je pleure de joie et d'émotion.

17 juillet 90

Il existe à Moscou un petit Musée du Cheval. C'est un endroit délicieux, dirigé par un vieux monsieur distingué, David Gurevitch. Le 17 juillet, il a réuni quelques amis, quelques journalistes, quelques personnalités, tel le célèbre peintre de chevaux (Gloukhariov), qui réalisera d'ailleurs un tableau célébrant mon arrivée sur la Place Rouge !

Cette petite cérémonie est organisée à l'occasion de la remise à son Musée de la selle sur laquelle j'ai posé mes augustes fesses pendant soixante-quinze jours ! Exposée au milieu des oeuvres d'art, la voici, du coup, devenue "historique" ! C'est une simple Forestier, type Horizon, c'est-à-dire une réplique des fameuses selles d'arme des officiers de cavalerie. Du matériel classique, mais sûr et confortable, tant au dos du cheval qu'au bas du dos du cavalier.

J'offre en même temps mes bagages : deux fontes et deux sacoches. Le minimum pour un voyage pareil. Une fonte pour le matériel de pansage, une autre pour des vêtements de pluie. Une sacoche pour mon linge, une autre pour. les paperasses !

Ah les paperasses ! Certificats sanitaires, tests vétérinaires, passeports de la Fédération Internationale, autorisations d'exportation, permis d'importation: du délire ! Si la libre circulation des hommes a fait d'incontestables progrès, celle des animaux est d'une complexé croissante et d'une complication absurde.

24 juillet 90

Comme je m'y étais engagé avant de partir, j'offre mes chevaux à Gorbatchev, l'homme qui a changé le monde, bouleversé l'Europe. et permis, en tout cas, que mon voyage puisse se faire !

Raïsa vient prendre possession du "cadeau" le 24 juillet, à Bitsa, immense complexe équestre où se sont déroulées les épreuves d'équitation des J.O. de Moscou (1980), mais c'est pour l'offrir aussitôt à son tour aux enfants de Bitsa.

Post-scriptum: octobre 90

Revenu (par avion) en France le 25 juillet, je n'y tiens plus. Il faut que j'aille voir ce que mes chevaux deviennent. Petit saut à Moscou. Soulagement: ils vont bien. Bien nourris, bien traités, bien entretenus, Prince et Robin sont en pleine forme. Du coup, moi aussi.

Texte © Jean-Louis Gouraud Tous droits réservés

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