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Livre : L'équitation de légèreté par l'éthologie par Stéphane Bigo

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Récits classiques

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Quand on lui a demandé en 1879 pourquoi elle avait envie d'aller dans un endroit aussi bizarre que la Patagonie, l'écrivain a répondu sans hésitation qu'elle voulait se mettre en selle pour fuir les contraintes de la bonne société Victorienne de Londres.

Riding across Patagonia

Livre: Riding Across Patagonia par Florence Dixie

Par Lady Florence Dixie édité par Long Riders' Guild Press.

À travers la Patagonie

Traversée de la Cabeza del Mare

En 1878, Lady Florence Dixie, et ses compagnons, font traverser la Cabeza del Mare à leurs chevaux à la nage, une partie auparavant inexplorée de la Patagonie.

Vient de paraître

Livre: Les boiteries par Prune Arnoul

Livre: Le pérégrin émerveillé : Paris-moscou et retour(s) par Jean-Louis Gouraud

Livre: Manuel d'équitation Camargue : une tradition d'avenir par Céline Legaz

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Livre : L'équitation naturelle, Pricipes et exercices pratiques par Olivier Rabouan

Livre : Les chevaux ne mentent jamais par Chris Irwin et Christophe Rosson (Traduction)

Livre : Hippomanie par Jean-Louis Gouraud

Livre : L'équitation western. Des bases aux premiers galops par Baptistin Rainero et Fabienne Duthoit

À cheval, en fuite dans les flammes par Florence Dixie

Lady Florence Dixie

"La civilisation et ses environs a perdu son charme, et je voulais m'échapper quelque part, là ou je pourrais en être aussi loin que possible. Sans doute, beaucoup de mes lecteurs auront aussi senti le mécontentement de moi-même, et de tout le monde, dans lequel on plonge de temps en temps au milieu des plaisirs de la vie moderne ; quand ce qui était autrefois excitant ne l'est plus, et qu'une envie monte en soi de goûter un sentiment plus vigoureux que celui offert par la vie monotone des soi-disant plaisirs de la société."

Comme dans son histoire ici qui le montre si bien, Lady Dixie a réussi a échanger les dangers d'un salon à Londres pour la liberté d'un bronco sauvage de Patagonie.

Nous étions en selle quand notre attention fut attirée par une légère odeur de brûlé, et bientôt des nuages d'une épaisse fumée roulaient vers nous. Nous avons continué, un peu agités, inquiets de savoir où se trouvait le feu, espérant qu'il serait loin de notre campement. En arrivant en haut d'une petite butte, nous avons pu voir le paysage devant nous. Un cri de consternation s'est échappé de nos lèvres en regardant autour de nous. Nous nous sommes regardés d'un air ahuri. Un spectacle affreux s'étendait sous nos yeux. A gauche, en avant, et lentement engloutissant les collines à droite, un feu de prairie énorme venait très rapidement vers nous. Des nuages épais montaient en spirale, obscurcirant complètement le ciel. Les flammes, qui montaient férocement en l'air, jetaient partout une lumière jaune et étrange. Alors que nous regardions, une rafale forte a poussé le feu vers nous avec une vitesse étonnante, et en une seconde nous étions enveloppées dans un nuage de fumée si épaisse que nous ne pouvions plus nous voir.

Maintenant notre situation devenait critique, et nous ne pouvions pas perdre une seconde. A moitié étouffés, et confus par la soudaineté avec laquelle le danger est venu vers nous, nous ne savions plus quoi faire. Déjà nos chevaux s'ebrouaient avec peur, et le crépitement de l'herbe et des buissons qui brûlaient était de plus en plus proche. Nous savions qu'il serait inutile d'essayer d'échapper au feu en fuyant: La seule chose que nous pourrions faire, c'était de galoper vers les flammes et d'essayer de les traverser. En une seconde nous avons jeté nos capes sur nos têtes, aussi serrées que possible. Alors, nous avons tous éperonné nos chevaux et nous nous sommes précipités en avant, chacun pour soi.

Les moments suivants semblèrent durer une éternité. Contre son gré, j'ai poussé mon cheval en avant, la sensation d'étouffement devenait affreuse. Je pouvais à peine respirer, et mon animal haletant semblait tituber sous moi. Le craquement épouvantable devenait de plus en plus proche ; j'ai pris conscience de la chaleur insupportable, et ma tête a commencé tourner. Mon cheval a trébuché deux ou trois fois, et s'est précipité en avant comme un fou. Presque étranglée, quel qu'en soit la risque, je ne pouvais plus supporter la cape sur ma tête et je l'ai arraché.

Je n'oublierai jamais le soulagement soudain que j'ai ressenti en le faisant. Je regardais en haut, l'air était relativement clair, et voilà, le feu était maintenant derrière moi. C'était un miracle de m'en être sortie saine et sauve. J'ai cherché mes compagnons et, à ma plus grande joie, je les ai vu apparaître, l'un après l'autre, dans la masse noire de fumée, qui maintenant s'éloignait rapidement.

Après les félicitations et les exclamations, nous sommes revenus sur nos pas pour essayer de découvrir comment nous avions pu échapper a la mort. La raison était bientôt évidente. Nous avions eu la chance de parcourir une étendue étroite plein de pierres, où il n'y avait que quelques petites touffes d'herbe, et où se trouvaient peu de buissons ; si la chance nous avait mené sur un autre sentier où l'herbe était épaisse et haute, nous n'aurions pu sortir du danger. Nos pauvres chevaux ont beaucoup souffert, leurs pieds et leurs jambes étaient sévèrement brûlés.

Nos pensées ont volé vers notre camp, et vers nos domestiques Storer et l'Aria qui nous avions laissé la-bas. Nous n'avions aucun doute qu'ils se soient échappés, mais nous avions perdu l'espoir de retrouver nos tentes et nos bagages. Le paysage semblait tout à fait changé par le feu : tout autour de nous, aussi loin que nous puissions voir, s'étendaient des plaines fumantes, et le contour des collines nous était devenu tout fait inconnu. Nous allions de l'avant avec le cour serré, cherchant avec impatience dans le paysage quelque chose qui nous indiquerait où se trouvait notre camp. Nous avions toutes les raisons de croire que tout ce que nous possédions était brûlé, au quel cas notre voyage en Patagonie serait terminé.

Heureusement ce n'était pas si mal que ça. Mon mari, qui était en avant des autres, a bientôt poussé un cri en faisant des signes pour nous indiquer d'avancer. Pas besoin de vous que dire que nous n'avons pas hésité un moment avant de le rejoindre, pour avoir une vue accueillante.

Á environ deux ou trois cent mètres de la colline sur laquelle nous nous trouvions, nous pouvions voir nos petites tentes blanches saines et sauves sur une étroite étendue verte, qui ressemblait à une île souriante au milieu de l'énorme plaine noire. Nous pouvions aussi voir Storer et l'Aria et, ravis, nous sommes descendus au galop vers eux. Ils ont couru vers nous, après s'être, eux aussi, très inquiétés pour nous. Nous leur avons posé un tas de questions - comment avaient-ils pu sauver le camp ? Storer était incapable de répondre intelligiblement, il était si bouleversé et si terrifié, mais même en ces circonstances, l'Aria n'a pas perdu son calme naturel et sa philosophie, c'est de lui que nous avons appris les détails. Il nous a dit que le feu, a été allumé par l'Indien que nous avions rencontrés le matin et qui cherchait des chevaux errants. Cet homme s'est amusé à mettre ici et là, le feu aux herbes sèches alors, le vent fort a vite répandu les flammes.

L'Indien s'est vite aperçu que notre camp pouvait être en danger, et est de suite arrivé au galop. Avec l'aide de l'Aria et Storer, il a fait un contre-feu, c'est à dire qu'ils ont lentement mis le feu à l'herbe tout autour du camp, puis ce feu a brûlé sur une grande surface. Mais ils ont toujours pu le tenir sous leur contrôle, battant les flammes avec des buissons ou leurs pieds. Heureusement, ces préparatifs étaient terminés quand le grand feu est arrivé et, bien que pendant une ou deux minutes ils furent à moitié étouffés par la fumée, l'incendie est passé sans endommager le camp lui-même.

Nos chevaux supplémentaires étaient saufs, ils broutaient de l'autre côté d'un ruisseau dans une autre vallée. Néanmoins le camp était en grand désordre: les tentes étaient noircies par la fumée, et tout nos biens dispersés confusément. Storer et l'Aria avaient recouvert les cartouches avec nos fourrures et nos tapis, car pendant que le feu rageait autour du camp, il y avait beaucoup d'étincelles, et s'ils n'avaient pas pris cette précaution, il y aurait eu un grand risque d'explosion.

Après le dîner, mes compagnons sont vite allés au lit, mais je n'ai eu aucune envie de suivre leur exemple. J'ai fait le tour du camp, observant avec l'intérêt les changements subtils du paysage lorsque la nuit est lentement tombée. Les collines noires derrière le camp apparaissaient indistinctes comme l'ombre de fantômes dans le ciel. Le pampa silencieuse dormait, sa surface ondulée était illuminée par les rayons d'une belle lune. Le faible rougeoiement qui se voyait sur l'horizon, et les bruits étranges apportés par le vent de temps en temps, montraient que le feu brûlait toujours, aussi puissant qu'auparavant, et peut-être qu'il ne s'arrêterait pas avant d'avoir atteint la côte, plusieurs milles plus loin.

Je suis restée longtemps debout, regardant cette scène étrange et désolée, puis enfin j'ai dû céder au sommeil et aller au lit.

Texte © Florence Dixie extrait de son livre Riding Across Patagonia. Traduction et adaptation : Basha Cornwall-Legh et Gérard Barré.

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