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Un Voyage à cheval pour simplifier la vie

DC Vision et sa jument de race Shire
DC Vision et sa jument de race Shire, Louise pour leur voyage record de 22 500 kilomètres à travers les États-Unis.

Je ne l'ai pas su à l'époque, mais ma vie était au bord d'un changement profond. Il n'y avait rien d'extraordinaire à l'interview de la journaliste. C'était essentiellement la même interview que j'avais répété plus de cinq cents fois, les mêmes questions et les mêmes réponses dites par cœur. Regardant en arrière, je sais maintenant que j'avais traversé une ligne imaginaire. Je ne parlais plus aux lecteurs du journal, mais me permettais finalement d'être honnête. J'ai pensé que ça pouvait me coûter l'interview, mais j'en avais assez de me présenter comme le monde extérieur m'attendait.

La question posée par la jeune femme était, "En premier lieu, pourquoi avez-vous entrepris un si long voyage ?" Je l'ai regardée et lui ai demandée si elle voulait la même réponse que d'habitude, ou la vérité. Elle a senti que quelque chose de différent se passait entre nous et elle a donné un petit coup sur page vierge de son calepin.

J'ai fait ce voyage pour me prouver que j'étais toujours vivant. Ma vie n'avait plus aucun sens. J'avais tout ce dont la télévision m'avait parlé depuis 25 ans, l'essentiel pour être heureux. Je ressemblais à un M&M, j'avais cette merveilleuse coquille couverte de sucre candie, mais sans chocolat à l'intérieur. Je n'avais aucune profondeur, je suppose. J'étais devenu un peu plus qu'un consommateur et je ne pouvais plus faire face pour vivre 25 autres années comme ça.

"Je me réveillais chaque lundi matin en souhaitant que ce soit déjà vendredi, et je me rendais bientôt compte que je fuyais cinq jours sur sept. J'étais un vrai dingue de stress, et je n'étais heureux que dans l'allure frénétique du travail. Je fumais jusqu'à quatre paquets et demi de cigarettes par jour, je pesais150 kg et ça m'était égal si je raccourcissais ma vie. C'était une forme lente de suicide et beaucoup d'entre nous ne le comprennent pas."

Une interview typique durait environ 15 minutes. Cette interview sur un champ de foire dans l'Idaho a duré six heures, y compris le temps mis pour manger une grande pizza. Elle est même venue le lendemain avec des provisions pour mon voyage, me remerciant cordialement pour lui avoir inspiré de suivre certains de ses rêves non réalisés. A partir de ce jour la, je n'ai plus jamais dit aux gens ce qu'ils voulaient entendre, et je ne peux plus échanger des banalités.

Mon voyage à cheval était le second des plus longs de l'histoire connue des États-Unis. Commencé en 1991 quand j'ai quitté la jungle des affaires, j'ai acheté un cheval Shire pour parcourir presque 22500 kilomètres pendant les quatre ans et deux mois suivants. Ce qui rendait ce projet audacieux si étonnant, c'est que je n'étais jamais monté à cheval avant d'entreprendre ce voyage. J'ai choisi un cheval de trait, mais j'en voulais un qui corresponde à mes dispositions; autrement dit, qui aime manger et refuse de courir. Louise était parfaite, marchant d'un bon pas, allant plus loin qu'un choix plus convenable aurait pu voyager.

Nous avons fait les 14 derniers mois du voyage seuls, mais nous avons passé les trois premières années avec une amie chère, Tracy Paine (étudiante, elle habite maintenant dans l'État de Washington). Nous avions projeté de nous marier en atteignant l'Océan Pacifique, mais après réflexion, nous avons découvert que nos buts divergeraient à long terme. Nous sommes toujours en contact par courrier ou par téléphone plusieurs fois par mois. Pendant les trois années de voyage passées ensemble, elle montait Aube, un cheval Saddlebred.

Nous avions plusieurs animaux avec nous, souvent égarés, qui nous accompagnaient jusqu'à ce que nous leurs trouvions un foyer convenable. Il y a eu Skidder, le chien de Tracy, mélange de Terre-Neuve, il a marché avec nous du New Hampshire jusqu'à la Floride avant d'y être mangé par des alligators. Il y a eu Myles, mélange de Labrador jaune, qui a décidé de s'engager en Caroline du Nord. Il a voyagé sur 10000 kilomètres jusqu'en Oregon, où nous lui avons finalement trouvé une maison adéquate. Je ne me suis jamais vraiment entendu avec Myles. Il était réellement étrange. Toujours assis dans un endroit découvert, il regardait fixement le ciel, comme s'il attendait la venue d'un OVNI pour l'emmener.

Le temps a été rarement complaisant. Nous avons été pris au piège d'un ouragan le cinquième jour de notre voyage dans un cimetière du Massachusetts. Il faisait 40 degrés à Washington DC et seulement -19 degrés à Tallahassee, Fla. Il me semble qu'il a plu tout le long de la route, sauf au Montana, où une tempête de neige nous surprit en juin. Il a plu si souvent que la presse m'avait surnommé "le Rainman", un titre qui est parvenu jusque dans l'Utah, aux fermiers frappés de sécheresse. Sur le champs de foire où j'étais, ils m'apportaient des cadeaux et me priaient de rester dans le pays. Ils n'avaient pas vu de pluie depuis trois ans, avant qu'un nuage noir ne m'ait suivi dans la ville.

Nous avons campé dans tous les endroits imaginables, des zoos aux prisons, dans des parcs, en ville, isolés dans la campagne éloignée de tout, c'est à dire : partout. C'est un des effets secondaires rare du voyage, se réveiller et prendre plusieurs minutes avant de se rappeler dans quel État nous étions, sans parler de quelle ville. Il nous a fallu presque un an pour traverser le Texas et à peu près le même temps pour passer du sud au nord de la Californie.

J'ai trouvé les gens les plus amicaux dans le Midwest et les moins amicaux dans le sud-est. Denver a été la meilleure grande ville pour le à tourisme à cheval. Nous avons aussi traversé les centre-villes de Philadelphie, Houston, San Antonio, Phoenix, San Diego, Seattle et nous avons même pris une photo de la Maison Blanche à Washington DC quand les Services secrets nous ont permis de traverser la Roseraie Présidentielle pour passer de l'arrière à l'avant du bâtiment.

Au total, j'ai été interviewé par plus de 600 journaux, magazines et publications spécialisées. Nous sommes passés presque 100 fois à la télévision, y compris au journal du soir de la NBC avec Tom Brokaw, et subis d'innombrables interviews à la radio. La couverture des médias nous a aidé à obtenir des dons en argent, de l'alimentation et des provisions, mais aussi quelques formidables invitations pour passer la nuit chez des gens. Comme nous n'avions pas d'argent, le voyage entier a pu être financé par des donations privées. Nous avons refusé de prendre des sponsors.

Il n'est pas dans mon intention d'entrer dans tous les détails du voyage. Pour cela je pourrais écrire plusieurs livres. J'ai écrit cet article en juillet 1999, quatre ans après avoir sellé Louise pour la dernière fois. J'ai aussi voulu partager un chapitre de ma vie avec mes amis et ma famille ici dans le Maine. J'ai espéré découvrir quels changements subtils un tel voyage m'avait fait. Je suis étonné de découvrir combien ma vie d'aujourd'hui est basée sur tous ce que j'ai appris pendant ces 50 mois à travers 22 États.

Ce voyage n'a pas été une grande aventure (bien qu'il y ait eu beaucoup de cela), mais vous devrez tenir compte qu'il m'a aidé à découvrir ce qui était important dans la vie. Comme la quête de ces choses quotidiennes que tous considèrent comme allant de soi : l'abri, la nourriture, une douche chaude et l'amitié vraie. Après avoir rencontré presque un million de personnes, je peux vous assurer que ces "luxes" ne sont pas aussi universels que vous pouvez le penser. Je me rappelle comment, dans l'Ouest, Tracy et moi pensions avoir découvert le Saint Graal parce que nous avions finalement économisé assez d'argent pour acheter une plaque chauffante et allions alors être capables de manger enfin des repas chauds.

Une des habitudes des plus durables et engageante que j'ai acquise pendant le voyage, c'est celle d'être le témoin du monde quand il va s'endormir chaque nuit et encore quand il s'éveille le lendemain. Aujourd'hui, chaque matin, je passe environ une heure à écouter le réveil de la nature, et je répète le même exercice contemplatif à chaque crépuscule. Chaque nouveau jour c'est un cadeau que je m'offre - une pause parmi les dépendances ambitieuses de la vie. En voyage, il était particulièrement intense quand nous campions en ville dans un parc. J'étais décidé à être le témoin du dernier bruit du jour de cette ville particulière, et ensuite à être le témoin de la première activité du jour suivant.

Cette discipline peut sembler un peu étrange dans une culture conduite par l'activité nécessiteuse d'hommes d'action, mais avant que vous soyez témoin de l'aube et du crépuscule dans une contemplation silencieuse, vous n'avez aucune idée du désordre de votre vie. Je me rappelle d'un jour au Kansas, dérangé par un son de plus en plus assourdissant, j'y ai concentré mon attention, j'ai été étonné de découvrir que c'était le silence. Aujourd'hui, je découvre le même silence. En vérité, je suis une de ces rares personnes qui n'a pas peur d'être seule avec ses pensées.

L'autre cadeau offert par mon voyage, est celui de la simplicité. Je suis resté très fidèle à la première raison pour laquelle j'ai entrepris ce voyage - le besoin d'une vie simple. Quand tu entreprends un tel voyage, tu apprends qu'il y a peu de choses dont nous avons vraiment besoin dans la vie, à part la nourriture, un abri et des amis. Je sais que je ne redeviendrai jamais comme avant, endetté et possédé par mes biens. Comme ma liste de besoin a été établie et la liste de ce que je voulais réduite à sa plus simple expression, que la semaine de travail de 40 heures a été remplacée par deux jours de travail, alors il me reste cinq jours pour le loisir de poursuivre l'autodidaxie intellectuelle et spirituelle.

Bien sûr je suis béni par des circonstances spéciales, comme vivre à mon âge avec un parent et être en bonne santé. Je ne suis toujours pas certain que vivre sans stress soit possible, mais je sais qu'on peut construire un environnement plus favorable à la tranquillité, et j'espère que le travail que j'ai fait dans la maison de ma mère le certifie. Je sais que j'ai eu beaucoup d'heures de satisfaction en observant le développement de sa propriété.

Et ainsi, aujourd'hui je suis revenu au point de départ, au plus grand cadeau que je ne me sois jamais offert - le choix de vivre ma vie comme je la voulais, sans qu'elle me soit dictée par une culture de radin. Des penseurs indépendants comme moi seront toujours critiqués pour leur style de vie, mais c'est ma vie - celle que j'ai découverte lors d'un voyage à cheval de quatre ans. Et à ces critiques, je révélerai une vérité découverte au long de mes voyages : en général ceux qui sont les plus critiques sont ceux qui sont les plus désabusés par leurs propres vies.

N'ayez pas peur de vous écarter de la foule, car vous serez stupéfié par ce que vous trouverez.

Juillet 1999 Texte © DC Vision Tous droits réservés Traduction et adaptation : Basha O'Reilly et Gérard Barré

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