Coup de cœur

Livre : L'équitation de légèreté par l'éthologie par Stéphane Bigo

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À travers les steppes

Basha O'Reilly monte Pompeii à travers la steppe neigeuse et infinie

Sur l'horizon le ciel blanc et immense se mélangeait avec la steppe neigeuse et infinie. Il n'y avait pas de barrière. Pas de haie. Pas d'obstacle du tout. J'avais l'impression d'être transportée sur le plateau du tournage de Dr. Jivago.

Basha O'Reilly, Mon royaume pour un cheval

Juments cosaques
J'aimais le profil de ces deux juments, et pour moi c'était une bonne raison pour les acheter. Après tout, le voyage était basé sur l'instinct, alors pourquoi ne pas choisir les chevaux par instinct?

Cet extrait commence en 1994. L'Union soviétique s'est désagrégée et un nouveau paysage politique permet à l'aventurière européenne de voyager jusqu'en Russie. Cette automne là, Basha est allée chasser à cheval avec une groupe de Cosaques près de Volgograd. Ayant vue leurs chevaux résistants courrant libre dans les steppes sans clôture, Basha a eu une idée que beaucoup diraient folle - acheter un de ses chevaux magnifiques et voyager avec lui jusqu'en Angleterre.

En décembre, Basha retourne en Russie avec sa fille Katie. Leur mission est de choisir des montures convenables parmi les troupeaux de chevaux sauvage qui courent dans le paysage neigeux. Basha ne comprend pas qu'elle va bientôt rencontrer le Comte Pompeii, l'étalon Cosaque qui va la porter non seulement sur 4 000 kilomètres jusque chez elle en Angleterre, mais aussi vers l'aventure de sa vie.

Je ne sais pas pourquoi, mais pendant que Katie se mettait en selle, je me suis retournée pour regarder les autres chevaux qui étaient attachés à une vielle charrette. Là j'ai vu un petit cheval alezan avec des jambes blanches et une étoile énorme sur sa face. Sa crinière blond pâle était toute emmêlée. Le bout de sa queue avait été taillé avec un couteau. Il était pitoyablement maigre. Physiquement, il n'avait rien de recommandable. Mais ce cheval me regardait, non pas en me suppliant mais comme s'il était mon égal - et l'expression de sa tête était tout à fait évidente, "Ah! Te voici enfin!"

Je me suis tournée vers Vassily. "Vot etat, pajalusta. Kak yevo zavood?" (Celui-ci, s'il vous plait. Quel est son nom?).

"Comte Pompeii. No - astarojna! On darogy - y ny loshad dla jenshina!" ("Comte Pompeii. Mais attention! Il coûte cher - et ce n'est pas un cheval pour une femme!")

Immédiatement, je me décidai à le monter.

À contrecour, Vassily, m'a aidé à me mettre en selle. Ensuite il a sauté sur un autre cheval pour galoper à travers la steppe, me laissant avec Katie le suivre de notre mieux.

Comte Pompeii levait la tête, les oreilles en arrière. À sa poursuite, nous suivîmes Vassili. Katie était tout juste derrière moi.

Sur l'horizon le ciel blanc et immense se mélangeait avec la steppe neigeuse et infinie. Il n'y avait pas de barrière. Pas de haie. Pas d'obstacle du tout. J'avais l'impression d'être transportée sur le plateau du tournage de Dr. Jivago.

Je me suis accroupi dans la selle et j'ai lâché la bride de Pompeii. Le vent sifflait à mes oreilles, les sabots de Pompeii tambourinaient la Steppe. Mes étriers étaient trop courts. J'osai à peine respirer l'air glacé qui brûlait mes poumons. Mon visage, le seul portion de mon corps qui n'était pas couverte, semblait devenir un bloc de glace. Le froid a voilé mes yeux de larmes. Mes doigts et mes orteils ont perdu toute sensation.

Pour Pompeii cela était indifférent. Malgré son manque de forme évident, je n'avais pas besoin de l'encourager pour rattraper Vassily, trois cents mètres devant. Pompeii s'amusait bien.

Et moi aussi.

Bientôt nous rattrapâmes Vassily, qui eut un regard ahuri quand il nous vit galopant à ses côtés. Je lui adressai un grand sourire avant de me rappeler avec mauvaise conscience que j'étais mère! Je me suis retournée dans ma selle, pour voir Katie sur nos talons. Son visage ravi et plutôt rouge devrait refléter le mien.

"Maintenant rentrons," annonça Vassily, et bien que nous n'en avions pas envie, nous prîmes la direction de l'écurie.

"N'est ce pas formidable?" demandais-je à Katie, pendant que Pompeii cabriolait sous moi.

"Oui, c'était un galop merveilleux," répondit-elle, souriante.

"Regarde la Steppe autour de nous - n'as-tu jamais vu quelque chose d'aussi beau?"

"Fantastique. Choisis ce cheval!" implorait Katie.

"Non, chérie, je ne le veux pas. Regarde comme il met son nez en l'air. Et d'ailleurs, je suis tombée amoureuse de celui-ci."

Nous retournâmes au petit galop à l'écurie, où Anna nous attendait, tapant des pieds sur la terre gelée et fumant ses cigarettes irritatée. Elle avait froid, elle s'ennuyait, elle était impatiente - et les chevaux ne l'intéressaient pas du tout.

"Ne va pas trop près des juments avec cet étalon," criait-elle.

Ah non, je pensais - pas un étalon? Je ne pourrai jamais acheter un étalon! Je m'imaginais voyageant avec un obsédé sexuel effréné à travers toute l'Europe.

En plus, il était hors de question de garder un étalon quand je retournerai chez moi. Je n'ai pratiquement jamais vu un étalon en Angleterre, où ils sont considérés comme des bêtes redoutables, qu'on garde seulement pour la reproduction.

Un voyage fou était une chose, mais arriver dans un petit village tranquille en Angleterre avec un étalon à moitié sauvage était toute autre chose. Mais., malgré la voix de la raison, je savais qu'il me fallait ce petit cheval qui avait volé mon cour pendant un galop insensé. Quelque chose d'unique s'est passé entre nous là-bas dans les steppes neigeuses. Je ne pouvais pas le définir à l'époque, et je ne peux pas le définir maintenant. Mais, quoi que cela soit, je ne pouvais pas l'ignorer.

Avant que je n'ai eu le temps de réagir, Vassily disait quelque chose en Russe.

"Vois-tu d'autres chevaux dans le corral qui te plaisent?" Anna traduisait.

À travers les grilles, nous examinions le troupeau dans le corral. Comment était-il possible de choisir parmi tant de chevaux? Mais quand je les regardais de plus près, cela me sembla ne pas être trop difficile. Plusieurs juments étaient pleines. Beaucoup des chevaux montraient des blessures à la place de la selle. Quelques uns avaient des mauvais pieds. J'en rejetai une trentaine, simplement parce qu'ils ne me plaisaient pas.

Ainsi le nombre de candidats possible diminuait, et enfin, des soixante animaux dans le corral, il n'en restait pas beaucoup.

"J'aime la grande jument noire, et la jument blanche à côté d'elle. J'aimerais les regarder de plus près, s'il te plait," disais-je.

La noire était grande -1,62 mètre environ - et décharnée, presque sans poils blancs, et la bouche la plus grande que je n'ai jamais vue. La blanche était un peu plus petite, elle avait un air entendu et c'était bien évident qu'elle adorait sa compagne.

Je commençais à grimper sur la grille. Vassily m'a regardé, atterré, et a crié quelque chose d'incompréhensible.

"Arrête!" hurlait Anna. "Il dit que tu ne peux pas entrer au corral avec les chevaux - ces juments n'ont jamais été touchées et elles sont dangereuses!" Je m'arrêtais, à contrecour.

J'ai passée plus de quarante ans parmi les chevaux, et mes relations avec eux étaient tout à fait intuitives. J'aimais le profil de ces deux juments, et pour moi c'était une bonne raison de les acheter. Après tout, le voyage était basé sur l'instinct, alors pourquoi pas ne choisir les chevaux par instinct?

Avant acheter un étalon, j'aurais dû discuter avec mon mari. Mais je ne pouvais pas lui téléphoner, parce que il n'y avait pas de ligne de téléphone internationale là-bas en Alexikovo.

Dans la soirée, je me suis assise avec Katie pour discuter de Pompeii.

"Maman, évidemment c'est ta décision, mais tu sais que tu auras des problèmes pour garder un étalon en Angleterre?"

"Oui chérie, je le sais. Il y aura beaucoup de complications. Mais il me faut absolument acheter ce cheval! D'ailleurs, il a l'air d'être très tranquille pour un étalon."

"Et pendant le voyage? Qu'est ce que tu va faire quand les juments seront en chaleur? Ou si tu rencontres d'autres juments en route?"

"J'ai déjà pensée à cela. Anna m'assure que les juments russes viennent en chaleur seulement au printemps."

"Il sera sans doute beaucoup plus cher que les juments!"

"Oui, mais les étalons le sont toujours! Et peut être que je regagnerai l'argent en proposant ses saillies en angleterre. Et," je me suis laissée entraîner par ce sujet, "je veux croiser cette race avec des chevaux anglais, et des arabes, pour créer des chevaux pour les courses d'endurance, et il n'y pas d'autre moyen plus rapide pour introduire ce nouveau sang que par un étalon!"

Le jour suivant nous y sommes retournées, nous nous sommes blotties autour de l'appareil de chauffage dans le bureau de Vassily. C'était une chambre sombre et austère, il y avait à peine de la place pour tout le monde - mais elle était chaude! Après une demi-heure pour négocier le prix, nous étions arrivés à un prix pour les trois chevaux - une fortune pour un Russe! Je trouvais que le prix pour les juments était raisonnable, mais Pompeii m'a coûté cinq fois plus! Bien qu'à ce moment, je ne comprenais pas combien je payais de trop, je savais très bien que je payais "le prix touriste." Mais Comte Pompeii était un cheval très spécial.

Alors, j'achetais à un homme que je ne connaissais pas, un étalon très jeune, et deux juments sauvages comme des cerfs.

Extrait de "Bandits and Bureaucrats," par Basha O'Reilly, édité par The Long Riders' Guild Press. Traduction Basha O'Reilly, adaptation Gérard Barré

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