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Through the heart…

Livre: Though the heart of of the Afghanistan par Emile Trinkler

Though the heart of Afghanistan par Emile Trinkler.

Livre édité par The Long Riders' Guild Press. Broché, 296 pages 2x14x22 cm.

 

La traversée à cheval de l'Afganistan de Louis Meunier

Le Bouzkachi Afghan est l'ancêtre du Horse Ball
Le Bouzkachi Afghan est l'ancêtre du Horse Ball

Louis Meunier achève ses derniers préparatifs pour réaliser le premier voyage à cheval à travers un Afghanistan déchiré par la guerre. Partant de Maimana au Nord du pays il voyagera jusqu'à Herat, ville située à l'ouest de l'Afghanistan et à proximité des frontières de l'Iran et du Turkménistan.

Très bien préparé, Louis Meunier connaît bien l'Afghanistan, et y compte de nombreux amis. Il est par ailleurs en contact avec The Long Riders Guild depuis plusieurs semaines et avec d'autres cavaliers et cavalières au long cours, Catherine Waridel et Saskia Machaczek en particulier.

Louis Meunier a passé un an en Afghanistan entre 2002 et 2003, il habitait Maimana dans le nord du pays. Rapidement, il a trouvé Tauruq, un jeune cheval. Laissons la parole à Louis Meunier:

"Nous commencions toutes nos journées ensemble, et parfois nous nous sommes permis quelques excursions dans la région. La saison froide approche, je serai très heureux de le retrouver pour une longue chevauchée. Sur la route, peut-être aurons-nous l'occasion de participer à quelques jeux de Bouzkachi… Je suis impatient de retrouver ce beau pays et mes amis, avec qui je suis toujours en contact. Je voudrais aussi profiter du voyage pour repérer la route entre Mazar-i-Sharif et Herat. Lorsque j'étais sur place, j'ai travaillé sur des projets routiers pour réhabiliter une partie du tronçon entre ces deux grandes villes. Cet axe routier a été désigné comme prioritaire dans les plans d'aménagement, mais rien n'a été fait depuis des années. Je suis curieux de comparer les besoins réels pour ouvrir et entretenir une piste carrossable, aux centaines de millions de dollars estimés pour construire une belle route – mais qui n'arriveront jamais.

Mon projet initial était de partir de Maimana et de rejoindre l'Iran, jusqu'à Tabriz. Les procédures administratives de l'Iran et l'éventualité d'une quarantaine à la frontière m'en ont dissuadé. Sur les indications de Cuchullaine O'Reilly j'ai découvert l'ouvrage de Trinkler (Quer durch Afghanistan nach Indien, traduit en anglais sous le titre Through the Heart of Afghanistan). C'est l'histoire d'un allemand qui s'est rendu en Inde à cheval en partant de Herat, en passant par le minaret de Jam (à mi-chemin entre Herat et Kabul). Ainsi je voudrais aller de Maimana à Herat, et ensuite suivre les traces d'Emile Trinkler jusqu'au minaret de Jam. De là, si le temps le permet (ainsi que la condition des chevaux et la mienne), je continuerai vers Bamyan. Mon rêve serait de prendre ensuite la route du Centre, celle suivie par Ouroz, le héros des Cavaliers de Kessel, qui est rentré blessé à Maimana, en partant de Kabul et en passant par Bamyan, Band-i-Amir et Sar-i-Pul. Mais cette route est longue et périlleuse, et l'hiver approchant ne permettra peut-être pas que je l'emprunte. Je pourrai ajuster le trajet en ralliant Sar-i-Pul à partir du minaret de Jam...

Aujourd'hui il ne me manque plus que mon billet d'avion. Je voudrais partir la semaine prochaine, pour commencer la randonnée avant la mi-octobre. Il me faudra quelques jours sur place pour trouver un cheval de bât, ajuster le harnachement et boucler les derniers préparatifs…"

Le 21 septembre 2005 —Texte Louis Meunier, adaptation Gérard Barré

L'Afghanistan à cheval devient une réalité

Louis Meunier va traverser à cheval l'Afganistan en guerreEnfin je suis à Maimana en Afghanistan occidental du nord. Je suis vraiment heureux d'être de retour ici dans les collines. Je suis sur le point de partir faire un tour jusqu’à Bamyan. Je comptais vraiment voyager avec Tauruq, mon cheval. Je suis triste de ne pouvoir le faire...

J'ai trouvé Tauruq en 2002. C’était un féroce étalon âgé de 7 ans qui promettait de devenir un cheval doué pour le Bouzkachi. Mais il avait une boiterie presque invisible du postérieur droit, alors j'ai pu l’acheter pour un prix très bon marché. Pour faire un tour, nous avons traversé les collines de Faryab. J'ai été stupéfié de sa force et de sa vitesse. Il avait vraiment bon caractère et jamais il ne m'a viré. Avec l'aide de mon ami Majid, j'ai pris soin de lui et il est devenu encore plus fort. Ensemble, nous avons joué au bouzkachi, c’était notre première fois... Quand j'ai quitté l'Afghanistan en avril 2003, je l'ai laissé en cadeau à Hashem. Je recevais des nouvelles de temps en temps. En 2004, il a fait une saison de Bouzkachi impressionnante et est devenu une vraie légende, attirant la foule et l'attention des commandants... Il y a quelques semaines, j’ai réclamé de ses nouvelles pour savoir s’il allait bien et si je pourrais le récupérer pour mon voyage.

Je suis à Maimana depuis la nuit dernière. Quand j'ai demandé de ses nouvelles, mes amis n'ont pas dit un mot, et quand aujourd'hui dans l'après-midi j'ai vu Majid, il m’a dit que Tauruq était mort de coliques et avait été enterré dans le jardin de Hashem. Hashem était censé me révéler l’endroit aujourd'hui, mais il ne m’a rien dit. Je ne sais pas trop ce qui s'est vraiment passé, Tauruq a pu être vendu pour quelque argent... Je vais chercher, mais je ne suis pas certain de découvrir la vérité. Je suis à la fois triste et impatient...

J'ai décidé de poursuivre mon voyage et de le faire différemment.

Après demain, j’irai en voiture à Kohistan avec Haji, mon guide. Nous passerons le temps qu’il faudra à Bandar et à Laulash pour rencontrer des personnes dans le but de trouver des chevaux et commencer le voyage. Haji est une relation de Zaman, mon ami docteur, et il entretient de bons rapports en Afghanistan central pour avoir traversé le pays vers et depuis le Pakistan comme Moudjahid. Depuis Bande-e-Amir, nous allons à Bamyan. Alors selon les conditions nous monterons à l'ouest le long du Hari-rud... Peut-être jusqu’à Herat. Je projette d’être de retour à Maimana dans 2 mois à compter d’aujourd’hui. Pendant un certain temps je ne pourrai probablement pas envoyer de courrier pour vous tenir informé de m’a progression à l’intérieur du pays.

J'ai reçu de nombreux appuis pour ce projet... de ma famille, de mes camarades français, d’amis de partout. J'ai également eu la chance de rencontrer des cavaliers expérimentés qui pourront me guider. Et maintenant mes amis de Maimana rendent tout cela possible... Mon projet devient maintenant réalité, et je remercie tout ceux qui ont rendu ce voyage possible.

Message de Louis Meunier reçu le 09 octobre 2005

L'Afghanistan à cheval en images

  • Le Bouzkachi Afghan
  • La toilette de l'étalon Afghan
  • LT2
  • Au dessus de la rivière Murghab, Afghanistan
  • Un cavalier au bord de la Hari-Rud, Afghanistan
  • Au bord de la Murghab, Afghanistan
Le Bouzkachi Afghan
Le Bouzkachi Afghan
  • Arrive à Chagcharan, Afghanistan
  • Les lacs de Band-i-Amir, Afghanistan
  • Au bord de la rivière Murghab, Afghanistan
  • La rivière Hari-Rud, Afghanistan
  • Au pied du minaret de Jam, Afghanistan
  • Le minaret de Jam, Afghanistan

Quinze jours plus tard: Bamayan

Après 15 jours de randonnée, je viens d'arriver Bamayan.

Tout se passe bien. Comme prévu, je suis parti de Bandar, au Kohistan. J'y ai trouvé 3 beaux chevaux : 1 jeune Waziri, et 2 Mazaris. Ce sont tous les trois des étalons. Apr's des débuts un peu difficiles, l'entente est maintenant bonne et la troupe marche à un bon rythme. Les chevaux sont un peu fatigués par les longues journées et les terrains montagneux, particulièrement le Waziri qui n'a pas l'habitude des longs trajets. Quelques jours de repos vont leur faire du bien. Jusqu'ici j'ai toujours trouvé leur ration quotidienne d'orge. Pourvu que ça dure!

Sur un terrain difficile et souvent escarpe, nous avons longé la rivière Murghab pendant une semaine. L'accueil dans cette région reculée, de souche tadjik, a toujours été très bon… C'est à la fois un voyage dans le temps et dans l'espace. J'ai eu l'impression de voyager au 12ème siècle dans des paysages à couper le souffle. Il a fallu traverser quelques cols pour rejoindre le plateau de la rivière Band-i-Amir, en pays Hazara. Là nous avons trouvé le froid et les grands plateaux du centre de l'Afghanistan. Il y a quelques jours nous étions au bord des lacs des Band-i-Amir et nous voilà aujourd'hui à Bamyan…

En 15 jours nous avons parcouru, mais en sens inverse l'itinéraire d'Ouroz – le héros des Cavaliers de Kessel. Dans quelques jours nous partirons vers Herat le long de la rivière Hari Rud. Là nous suivrons les traces — en sens inverse encore une fois! — de l'allemand Emile Trinkller qui est passé par là dans les années 1920…

Message de Louis Meunier reçu le 29 octobre 2005

Herat

C’est avec un grand plaisir que je vous écris de Herat. Partis de Bamayan, nous sommes arrivés ici hier après 19 jours de voyage, un total de 36 jours sur la route, 48 fers cheval, 540 kilos d'orge, et 1406 kilomètres...

Mollah Khodadad démêle les noeuds de la crinière de Mushki.De Bamayan, nous sommes retournés sur nos pas en marchant dans nos traces durant une journée et demie pour entrer dans la vallée de Lal Wa Sarjangal. Le nom évoque la forêt (jangal) et en effet, il y avait de nombreux d'arbres. En fait je n'en avais jamais vu tellement en Afghanistan… C’est là que nous les avons retrouvé, à la source même du fleuve Hari-Rud. C'était au coeur de Hazarajat, les paysages étaient vraiment beaux et à cheval, c’était un vrai plaisir. Nous dormions dans des mosquées plus vides et désertes que l’espace. Pour Eid, nous avons pris juste un petit plat de riz... Le temps a été froid, nous avons souvent rencontré la pluie et la neige sur notre itinéraire. À ce moment de l'année les personnes travaillent la terre pour la préparer pour la récolte de blé de l'année prochaine. Nous avons marché une semaine dans cette vallée, nous en sommes sortis à proximité de la ville de Daulatyar.

De là nous suivons toujours le fleuve, alors que la piste devient un peu plus large. La rivière Hari-Rud est maintenant vraiment boueuse et ne mérite plus son nom "de rivière propre". Alors nous atteignons Chagcharan, la capitale de la province de Ghor. Nous y avons pris un repos d’une journée. Alors nous avons dû laisser la Riverbed pendant 3 jours pour monter vers le nord à travers des collines froides. Dans le village de Barakhana un sort a été jeté sur Mushki alors que des noeuds s’étaient formés dans sa crinière. La nuit un djinn, plus précisément une femme nue avec les cheveux très longs, montait le cheval et ainsi l’avait très fatigué chevauchant toute la journée. Le jour suivant, j'ai reçu la grâce du mullah en respirant les crinières de mes chevaux alors que j’en démêlais les noeuds.

Le Minaret de Jam penche toujours dangereusementGagnant encore du terrain vers le haut en suivant la Hari-Rud, nous avons atteint le minaret de Jam. C'est une magnifique œuvre d'art. Par le passé, c'était le centre de l'empire de Ghorid. Il est toujours debout mais penche toujours dangereusement. De ce point nous suivons la route principale de Herat. Dans ce secteur nous avons rencontré beaucoup de nomades Pachtoun qui vivent sous des tentes de laine noires près de leur bétail. La majeure partie du temps nous avons dû dormir dans des hôtels pour les routiers, où le sommeil est à peine possible. Le temps s’est réchauffé chaque jour jusqu’à la ville de mes rêves. Nous avons laissé nos chevaux à 1,5 kilomètres loin de la ville à Jakan. Nous avons eu assez de chance pour rencontrer un vétérinaire célèbre. Il nous a proposé son jardin pour les chevaux! Super! Nous leur rendons visite deux fois par jour pour les nourrir.

Nous avons tous besoin d'un bon repos. Les chevaux vont bien mais ils sont fatigués. Ils ont toujours pu avoir suffisamment de nourriture appropriée. Il y a 2 jours, j’ai eu des symptômes de la malaria et je suis bien peu en forme ! Nous devons nous rendre à Maimana lundi ou mardi. En fait nous ne pouvons pas suivre la route principale par Balamurghab et Gormanch. Ce secteur, contrôlé par les talibans, est célèbre pour les vols et les massacres. Même les ressortissants afghans n'y vont pas... Alors, nous choisissons de monter vers le nord à Qala-i-now, et puis à Qadis au sud-est. Là de nous rejoindrons le fleuve Murghab pour rentrer à la maison. Le voyage devrait prendre encore dix ou douze jours.

Je ne pense pas qu’il ait eu beaucoup de changement depuis le temps de Trinkler. Les gens vivent toujours de la même manière, excepté qu’ils utilisent des motocyclettes et regardent parfois, mais rarement, la télévision. Je lirai encore le livre mais après un certain temps quand je serai capable d’avoir un peu plus de recul pour un meilleur jugement.

J'ai vécu un grand moment, je ressens que cette expérience est unique. Je me renseigne beaucoup au sujet du pays et de sa culture, et aussi sur l'équitation. Je prends beaucoup de notes, au sujet des itinéraires et de mes impressions personnelles. Excepté Herat, le secteur entier que nous avons traversé depuis Bamayan a une très faible culture du cheval. En effet, les chevaux ont disparu depuis qu’ils ont été volés par les talibans pour combattre. Puis à la fin de la guerre, il y a quatre ans, l’exportation de motocyclettes est devenue possible dans le pays et les machines ont alors totalement remplacé nos amis équins. Quand nous retournerons au Turkestan, dans le nord du pays, nous retrouverons un peuple avec une grande connaissance du cheval.

Ici, il est étrange d’être un voyageur de cheval, et je dois toujours répondre aux mêmes questions : Pourquoi allez-vous à cheval? Voyagez-vous à cheval pour les vendre? Qu'avez-vous dans vos bagages de selle?... Beaucoup de gens ont voyagé à travers le pays par nécessité, en raison des combats. Ici, il est étrange d’être un touriste.

Zenda bashi, portez vous bien – Rasta nabashi, sans fatigue.

Message de Louis Meunier reçu le 19 novembre 2005.

Le retour à Paris

Finalement notre périple a pris fin à Hérat. En effet, après quelques jours passés à l'hôpital à Hérat, j'ai dû rentrer en France pour soigner un abcès développé par des amibes sur la partie supérieure du foie. Je sors de l'hôpital et tout va mieux! Dans un mois ou deux je serai à nouveau sur pieds…

À Hérat, il y a deux semaines au moment où j'écrivais mon message précédent, je recevais des injections de diflofenac qui calmaient la douleur et me laissaient penser que je pouvais poursuivre mon voyage. Mais mon état a continué à se détériorer et j'ai vu un médecin de l'armée espagnole qui m'a convaincu de me faire rapatrier pour me faire soigner.

Je suis alors allé voir mon ami Haji pour lui expliquer qu'il devait rentrer seul à Maimana et je suis retourné à l'hôpital où j'ai passé 4 jours, la plupart du temps inconscient. J'ai été mis dans un avion militaire pour Kabul, où j'ai passé une autre nuit à l'hôpital avant de m'envoller pour la France.

Je ne suis donc pas retourné à Maimana, j'ai dû tristement abandonner Haji et mes 3 chevaux. Il s'est avéré qu'Haji a vendu les 3 étalons à Hérat et est rentré à Maimana par camion. Malheureusement il n'a même pas gardé mon cheval Mushki auquel je tenais tant. Haji ne se sentait pas capable de rentrer seul à cheval... L'expérience me dit maintenant qu'il ne faut pas s'attacher à un cheval en Afghanistan…

Les aléas de santé font partie du voyage, mais sont impossibles à prévoir. Alors que j'avais imaginé beaucoup de catastrophes : un cheval qui tombe malade, un cheval qui tombe dans un ravin ou qui marche sur une mine, des voleurs qui nous dérobent nos chevaux et nos affaires... je n'avais jamais pensé à la maladie pour moi!

Mon aventure en Afghanistan a commencé difficilement, et elle s'est aussi terminé douloureusement... Mais je ne regrette rien! Le voyage lui-même a été fantastique. Et puis ce n'est que partie remise, quand tout ira mieux, je repartirai cavaler dans la région.

Message de Louis Meunier reçu le 08 décembre 2005.

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